The Architects
First Run Features / Icestorm International

Réalisateur: Peter Kahane
Année: 1990
Classification: NR
Durée: 97 minutes
Ratio:
Anamorphique: Oui
Langue: Allemand (Mono)
Sous-titres: Anglais, Allemand, Français, Espagnol
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Albert
29 mai 2005

Comment être non conformiste dans un monde socialiste derrière le rideau de fer? C'est le rêve que se fait offrir l'architecte Daniel Brenner (Kurt Naumann). Voilà déjà 13 ans qu'il a terminé son cours d'architecture et tout ce qu'il a à son compte ne sont que quelques abribus et garages. Comme plusieurs de sa génération, il est frustré des limites imposées sous le régime communiste, mais l'endure tout de même. On lui offre de faire le design d'un genre centre commercial et culturel à la périphérie de Berlin-Est, et ce, avec sa propre équipe composée d'anciens copains de classe. Le design final est un brin d'air pur dans ce paysage monotone, avec des jardins sur les toits, de grands espaces verts, des puits de lumière de verre et même un restaurant vietnamien. Mais voilà que les bureaucrates communistes arrivent et descendent leur masse sur leur concept, retirant tout ce qui faisait la gaieté de cet endroit, le rendant exactement comme tous les autres édifices du coin, gris et moche, sans inspiration ni identité, soi-disant à cause du coût et de l'indisponibilité du matériel (ce qui est faux à un certain point).

Le film va encore plus loin dans la tragédie de Berlin de l'Est des derniers jours. Wanda (Rita Feldmeier), la femme de Daniel, n'est plus capable de vivre étouffée sous le communisme. Elle ne veut même plus pratiquer son métier en ville, car elle sent ne rien changer (ce qui n'est pas loin de la vérité). La défection vers l'Ouest semble la solution qui la rendrait le plus heureuse. Elle ira jusqu'à tromper son mari, qui lui est trop occupé par son projet, avec un de leurs amis qui est passé à l'Ouest. Ce choc survient au moment même où le projet de Daniel devient de plus en plus une farce communiste et que lui et son équipe sont traités comme de jeunes enfants désobéissants (il a 39 ans tout de même!). Daniel se revirera vers sa seconde famille, son collectif d'architectes, mais lui aussi se désagrège, plus le temps avance plus il perd des plumes à cause de la technocratie. Même le plaisir de revoir sa fille au loin de l'autre bord du mur lui est retiré, détruisant le mince sourire qu'il porta de tout le film. De sa vie, il ne reste que des compromis pour satisfaire le monde dans lequel il accepte de vivre.

La capture du film a débuté en septembre 1989 et à la fin du tournage, l'Allemagne de l'Est n'existait plus (ce que nous ne voyons point dans le film). Le réalisateur Peter Kahane a sû nous montrer l'autodestruction d'une société par l'infusion continuelle d'une spiritualité froide et sombre sans qu'aucun détournement ne soit accepté, même si "encouragé". Les scènes grises, tranchantes au cœur, se succèdent les unes des autres, nous montrant un peuple sans enthousiasme et sans joie de vivre. Ses grands plans de caméra de la ville, où nous pouvons voir de nombreuses habitations qui ont plutôt l'air de vieilles usines d'un autre siècle, sont ceux qui racontent le plus d'histoire, sans dire un seul mot. La construction se veut un acte politique et est tout à fait représentatif avec celle du mur de Berlin, mur diviseur de politique. Daniel veut faire indirectement un pied de nez à la politique avec son design, mais verra rapidement que les personnes à la tête ne veulent pas changer d'opinion politique.

First Run Features nous arrive avec un autre DVD très complet d'un film de la DEFA (Deutsche Filmaktiengesellschaft), la plus grande archive nationale de film de l'Europe. La première chose que nous remarquons lors de l'insertion du DVD c'est la possibilité d'avoir les menus en allemand, en anglais, en espagnol et en français, complets avec sélection des chapitres animés et liste des suppléments dans la langue désirée. Comme suppléments, nous avons pour débuter une revuette très intéressante nommée "Un film caractéristique de la DEFA?" nous présente le réalisateur qui nous parle de l'absurdité du tournage de ce film alors que la RDA s'écroulait, de la constante remise en question du scénario, des difficultés de tournage et de l'absence de succès du film à cause du climat socioéconomique lors de sa sortie en salle. Le film avait été rattrapé par les événements, devenant une victime du changement qu'il voulait apporter. Cela est suivi par une interview du réalisateur par Ralf Schenk qui nous donne d'autres détails sur la création du film et la politique du temps.

Ensuite, nous retrouvons un intéressant essai textuel de l'historien en architecture Ralph Stern (toujours dans la langue choisie!), un extrait d'interview journalistique de Thomas Knauf, une interview audio de Judith Richter par Barbara Felsmann (allemand seulement), une galerie de photos de production, des esquisses des décors, des biographies / filmographies du réalisateur, du scénariste et des acteurs principaux, le texte "Babelsberg - Visage d'une ville du cinéma" à propos du musée de la DEFA et la bande-annonce originale allemande du film. Il y a aussi pour terminer la description des différents partenaires responsables de ce DVD.

Côté technique, l'image du DVD est à toute fin pratique dénudée d'artéfact de compression numérique, mais contient un bon lot d'artéfacts provenant de la source même (granularité, focus et autres). La piste sonore monophonique fait bien son travail. La musique de Tamás Kahane vient nous hanter sans faire peur aux dialogues qui sont bien audibles.

"Der Architekten" (le titre original du film) se veut un film très intéressant, spécialement si vous avez déjà expérimenté le cinéma est-allemand. C'est un dernier regard sur le conformisme préfabriqué de l'Allemagne communiste, un cri de douleur d'un monde qui ne voulait pas changer. Le DVD bien garni devrait satisfaire la curiosité de ceux qui veulent approfondir le sujet.


Cotes

Film7
Présentation6
Suppléments7
Vidéo6
Audio6