At Five In The Afternoon
Les Films Séville Pictures

Réalisateur: Samira Makhmalbaf
Année: 2003
Classification: PG
Durée: 102 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Dari (DDST)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Robert Bélanger
12 mars 2006

"À cinq heures de l'après-midi, tout le reste était mort...". Ainsi commence le poème intitulé "Lamentation pour Ignacio Sanchez Mejias" de Federico Garcia Lorca, qui pleure la mort d'un matador espagnol en 1934 et qui est souvent vu comme une prémonition du décès de l'auteur et de la guerre civile qui allait ravager son pays. Puisqu'après des décennies de conflits l'Afghanistan baigne dans les ruines et la désolation, il n'est pas étonnant que ce poème ait su trouver écho chez la cinéaste iranienne Samirah Makhmalbaf qui, dans "À cinq heures de l'après-midi", se penche sur le sort incertain réservé aux femmes de ce pays. Le film fait en quelque sorte office de prolongement au segment qu'elle réalisa dans le cadre de l'oeuvre collective 11'09'01 et s'inscrit dans la lignée de Kandahar, réalisé par son père Mohsen en 2001.

En Afghanistan après la chute des Talibans, les écoles pour filles sont rouvertes et Nogreh (Agheleh Rezaie) rêve d'émancipation. Prenant comme modèle Benazir Bhutto du Pakistan, elle veut devenir chef d'État afin de promouvoir la cause des femmes. Mais dans ce pays de misère où l'espoir se heurte aux traditions et où les hommes dénoncent le blasphème dans les rues à la vue d'un visage féminin à découvert, l'intégrisme religieux est toujours bien présent. Confinés à une vie de nomades, Nogreh, son père et sa belle-soeur ne rencontreront sur leur route que souffrance et dévastation.

L'affranchissement passe par l'éducation et par... les souliers. Loin du regard accusateur de son père, Nogreh troque ses chaussures traditionnelles contre des escarpins blancs à talons hauts et rejette le voile du tchadri qui cache son joli visage vers l'arrière. Ce rituel, auquel elle s'adonne quotidiennement alors qu'elle prend le chemin de l'école, lui permet de retrouver une parcelle de féminité et devient le symbole de sa lutte contre l'obscurantisme qui sévit dans son pays. Se voiler en présence des hommes, qui détournent eux-mêmes la tête à la vue d'un visage découvert, ne pas danser pour dissimuler leurs courbes, mettre un doigt dans la bouche pour masquer une voix trop féminine, voilà autant de contraintes auxquelles les femmes Afghanes doivent se résoudre dans un pays où l'intégrisme religieux entrave tout espoir d'avancement social. Cet extrémisme est représenté par le père de Nogreh, un vieillard usé qui déverse ses lamentations relativement à ce vent de modernité (on peut à peine parler de brise légère...) dans de longs monologues où il prend son cheval comme interlocuteur. À demi résigné, mais espérant trouver à Kandahar une cité où les traditions sont respectées, il entraînera Nogreh et sa belle-fille dans un voyage futile où tout n'est que ruines, illusions et tourments.

Utilisant un style documentaire et une approche contemplative, "À cinq heures de l'après-midi" a les défauts de ses qualités. La caméra s'attarde et se complaît dans une recherche d'esthétisme plaisante pour les yeux, mais insuffle une forme de détachement envers les personnages qui désamorce l'impact émotionnel de certaines scènes, alors qu'elles auraient bénéficié d'un langage visuel plus intimiste privilégiant la sobriété et la retenue. Les acteurs non professionnels s'acquittent assez bien de leur tâche, mais on a parfois l'impression qu'ils ne font qu'acquiescer aux demandes d'une réalisatrice dont on ne peut s'empêcher de sentir la présence. Ceci est évident lors des scènes où il y a beaucoup de dialogues et, par exemple, celle où Nogreh tente de s'entretenir avec un soldat français sonne particulièrement faux. Heureusement, les longues conversations sont peu nombreuses et la cinéaste laisse la plupart du temps parler l'image.

La présentation vidéo est bonne et la pellicule demeure claire et propre malgré une certaine granularité. On note parfois un certain fourmillement de l'image et certains gros plans semblent être hors focus, mais on peut attribuer ces petits agacements aux conditions de tournage difficiles, ainsi qu'aux limites imposées par le budget. Bref, on sent que la cinéaste a souvent dû se débrouiller avec les moyens du bord. Côté sonore, la piste audio n'est qu'en stéréo et manque par conséquent de dynamisme. La séparation des canaux n'est pas très nette et l'ambiance générale aurait bénéficié de l'appui des enceintes arrière, surtout si l'on considère que la musique est quasi absente. Les dialogues sont par contre clairs et les sous-titres sont de lecture aisée. La présentation est des plus conventionnelle et le boîtier simple ne contient pas d'encart. Veuillez noter que la jaquette est réversible, en français sur un côté et en anglais sur l'autre, ce qui est de loin préférable au contenu bilingue. Les menus sont statiques et sans accompagnement musical. Comme seul supplément, on retrouve la bande-annonce du film.

"À cinq heures de l'après-midi", bien qu'un peu trop long et malgré les limites imposées par les choix stylistiques de Samirah Makhmalbaf, réussit tout de même à peindre un portrait réaliste de la condition féminine en Afghanistan et des barrières quasi insurmontables auxquelles sont confrontées les Afghanes dans leur quête d'émancipation. Il ne reste qu'à espérer que de plus en plus de souliers blancs parviennent à laisser leurs empreintes dans ces rues pavées par le fanatisme religieux.


Cotes

Film7
Présentation4
Suppléments1
Vidéo7
Audio6