Bad Boy Bubby
Blue Underground

Réalisateur: Rolf de Heer
Année: 1993
Classification: NR
Durée: 114 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51, DD20)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 32
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon François Langevin
17 avril 2005

Que feriez-vous si vous aviez passé les trente-cinq premières années de votre vie cloîtré dans un minable appartement sans jamais avoir mis les pieds à l'extérieur, regardé la télévision ou même écouté la radio. Personnellement, je crois que j'aurais été totalement "gaga", mais le réalisateur australien Rolf De Heer (Alexandra's Project) nous propose l'étonnant voyage d'un homme qui après avoir vécu pareille expérience, se retrouve du jour au lendemain lancé en pleine jungle sociale.

Bubby (Nicholas Hope) vit en claustration depuis sa tendre enfance et est élevé par sa mère qui ne lui a jamais permis de mettre les pieds au dehors et qui l'a isolé de tout stimulus provenant du monde extérieur. Cette promiscuité amène mère et fils à partager tout, y comprit une sexualité quelque peu dérangeante. De plus, elle lui a lavé le cerveau en lui faisant croire que le monde extérieur est rempli de gaz toxique et que tenter de sortir de l'appartement sans un masque à gaz mènerait à une mort certaine. Puis un jour, un homme vêtu de vêtements ecclésiastiques vient frapper à la porte de Bubby et ce personnage se révèle être nul autre que son père. Ce nouveau joueur inattendu viendra briser la relation mère fils et suite à certains évènements tragiques, Bubby n'aura d'autre choix que de quitter son monde et aller voir ce qui se trame dehors. Il fera la découverte du sexe, de la pizza, du rock et du crime à sa façon c'est-à-dire en répétant et imitant les choses que les gens disent et font.

Rolf de Heer signe un remarquable film qui est à la fois déroutant, dérangeant, drôle, surprenant et captivant. Les trente premières minutes nous plongent dans une claustrophobie aux saveurs incestueuses, passage sempiternel qui sert à définir et établir le contexte plus que particulier de ce film et qui heureusement évolue vers quelque chose d'inédit et de très rafraîchissant. Dès l'entrechoquement de l'univers minimaliste de Bubby avec celui de la société, nous devenons captif de ce récit éclaté dans lequel cet homme enfant cherche à trouver sa place dans un monde dicté par les lois, la religion et l'argent. Côté distribution, Nicholas Hope nous offre une des prestations d'acteur les plus impressionnantes qu'il m'ait été donné de voir.

Le transfert vidéo est que qualité comparable aux productions récentes et nous offre une image très propre composée de belles couleurs saturées. Les noirs sont légèrement trop appuyés amenant certains passages plus sombres à perdre un peu de détail et aucun artefact de numérisation n'est apparent sur ce transfert. Le volet audio est également de bonne qualité et il s'applique surtout à nourrir les enceintes avant. La musique et quelques effets ambiants viennent chatouiller les arrières, mais étant donné le caractère très verbal du film, cette trame sonore se tire très bien d'affaire. Le seul bémol est l'absence totale de sous-titres, lesquels auraient été plus qu'utiles étant donné l'accent australien qui prévaut dans le film. Côté présentation, un menu très convivial et tape-à-l'œil démarre le bal.

Quelques suppléments sont compris dans cette édition et la pièce de résistance est sans contredit la revuette "Christ Kid, You're a Weirdo" dans laquelle le réalisateur nous parle de son film. Il nous renseigne sur les origines du projet, de la période de mûrissement qui à duré plus de 10 ans, du choix de Nicholas Hope comme comédien et surtout de l'approche très expérimentale du film autant du côté de la distribution, que du côté de la cinématographie (32 directeurs de photographie) et du son (le comédien avait deux capteurs attachés au dessus de ses oreilles). Il nous parle également de la façon qu'il s'y est pris pour trouver du financement en Italie et de l'incroyable et improbable succès que le film obtint au Festival de Venise en décrochant notamment le grand prix du jury en 1993. "Being Bubby" est une entrevue faite avec Nicholas Hope qui nous explique comment il a commencé a faire du cinéma en tournant exclusivement des courts métrages et sa rencontre avec le réalisateur Rolf De Heer qui voulait absolument l'interviewer suite au visionnement qu'il avait fait du court métrage "Confessor Caressor". Le comédien nous parle de certains moments très difficiles qu'il a vécus lors du tournage de certaines scènes, de sa recherche sur l'autisme et du plaisir de tourner un film très expérimental. "Confessor Caressor" est un court-métrage qui est le cordon ombilical entre réalisateur et comédien. Ça raconte l'histoire d'un psychopathe qui a tué une douzaine de filles en prenant soin de les violer et de les mutiler auparavant. D'une facture très minimaliste et évitant le voyeurisme, le film est monté un peu à la façon du film Man Bites Dog et c'est à travers une équipe de tournage que l'on comprend un peu mieux les évènements qui l'ont mené à devenir ce qu'il est. De façon générale, tous les extras ci-haut mentionnés sont très intéressants et ont tous leur pertinence. Une galerie de photos et la bande-annonce du film complètent la section des suppléments.

"Bad Boy Bubby" est un voyage insolite dans la peau et surtout dans la tête d'un être qui est une sorte de miroir de la société. Quoique tourné en Australie, ce film porte sur des thèmes universels qui transcendent la géographie. Je recommande chaudement aux curieux, aux amateurs de films répertoire et de films cultes de se procurer cette superbe édition DVD que nous offre "Blue Underground" et qui est offerte à un prix avoisinant les $20. Croyez-moi, ce film vaut chaque cent de votre investissement.


Cotes

Film8
Présentation5
Suppléments6
Vidéo8
Audio7