Balzac and the Little Chinese Seamstress
First Run Features

Réalisateur: Sijie Dai
Année: 2002
Classification:
Durée: 111 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Chinois (Mono)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
10 juin 2007

Dai Sijie est un célèbre romancier chinois exilé en France. Il n'hésite pas à explorer le cinéma pour faire passer ses messages de tolérance et de changements. Son livre le plus célèbre est certainement Balzac et la petite tailleuse chinoise. En 2001, il a réalisé lui-même l'adaptation cinématographique pour être certain que personne ne bousille ses écrits.

En 1971 pendant la révolution culturelle en Chine, Ma (Ye Liu) et Luo (Kun Chen) sont envoyés dans un camp spécial pour se faire "rééduquer". Toutes mauvaises tangentes prises durant l'enfance doivent être éliminées pour laisser la place à des valeurs communistes. Cependant, cela ne semble pas fonctionner sur les jeunes hommes. Ils semblent plus intéressés à lire des livres interdits à une jolie petite tailleuse (Xun Zhou). Au contact d'une musique inédite comme le violon et les mots de bouquins de l'Ouest tels Rupling, Stendhal et Dumas, ces âmes arrivent à voir la vie différemment. Tout d'un coup, un sentiment de liberté souffle sur leur esprit. Cette nouvelle fraîcheur intellectuelle risque toutefois de leur apporter quelques problèmes majeurs.

Le sujet du film explore la même optique qu'un segment du Violon rouge et des éléments de censure du long-métrage Electric Shadows. La Chine est montrée du doigt, car elle préfère contraindre sa population plutôt que de la laisser s'émanciper, de peur que ce savoir se retourne contre elle. Est-ce réellement surprenant que les récits de Dai Sijie ne sortent pas sur ce territoire? Pour cette transposition à l'écran, il privilégie un rythme lent. L'œil doit d'abord s'habituer aux grands espaces et à ce climat particulier. Ensuite, c'est l'oreille qui accumule l'information provenant des classiques de Dostoïevski et, surtout, de Balzac, qui jouera un rôle prédominant.

Les trois quarts du récit mettent à l'avant-plan trois magnifiques et talentueux comédiens qui vont chercher à atteindre un nouvel état psychologique. Vers la fin, il y a un saut en avant de vingt années, un bond de géant pour noter jusqu'à quel point il y a eu une évolution. Ce faisant, l'œuvre finit par s'étirer un peu trop, abandonnant les enjeux du début pour en embrasser de nouveau qui sont un peu moins intéressants.

La plupart des adaptations de livres seront incomplètes et celle-ci ne fait pas exception. Cependant, le réalisateur a plus d'un tour dans son sac pour convaincre de la pertinence de son projet. Il offre tout d'abord des paysages ruraux inoubliables baignés dans la brume et le brouillard. La blancheur qui se dégage de la luminosité peut rappeler le royaume des morts, tout comme ces couleurs manquant royalement de vivacité. Les détails sont précis, alors que les très bons contrastes ne nuisent jamais à la vision en période de pénombre.

La trame sonore est également plus que vivifiante. Les airs classiques du violon bercent les sens et elles se fondent parfaitement aux autres mélodies atmosphériques qui font surgir leur lot d'émotions. Ce film français tourné dans la langue de Mao a déjà reçu une édition comportant une piste sonore francophone, mais il est décevant que la compagnie First Run Feature n'ait pas décidé de garder cette langue. Tout ce qu'il y a, c'est l'honnête piste originale avec de corrects sous-titres blancs anglophones gravés dans l'écran. Les haut-parleurs transportent cependant bien les élans musicaux, le chant des oiseaux et l'eau qui s'écoule d'une chute sans toutefois marquer à jamais l'ouïe.

La pochette est envoûtante. Deux corps s'enlacent devant une montagne grise et verdoyante. Le menu principal reprend cette pose en y superposant des images en mouvement qui défilent sur une sublime mélodie teintée de cordes. Après un opus aussi aéré, il est décevant de constater que les suppléments ne sont pas à la hauteur. Il y a seulement la bande-annonce originale, une biographie écrite et statique du cinéaste et une dizaine de jolies photographies. C'est peu.

"Balzac and the Little Chinese Seamstress" est loin d'être aussi pénible, inutile et soporifique que Les Filles du botaniste, le dernier joujou cinématographique de Dai Sijie. Au contraire, il s'agit d'une adaptation honorable portée par de magnifiques paysages, une trame sonore étincelante et trois interprètes à la fraîcheur indéniable. Sans bouleverser totalement les mœurs, les livres ne peuvent que marquer l'inconscience qui va, un jour ou l'autre, désirer des changements. À partir de là, la vraie révolution peut débuter.


Cotes

Film7
Présentation6
Suppléments2
Vidéo8
Audio7