Blood and Bones
Les Films Séville Pictures

Réalisateur: Yoichi Sai
Année: 2004
Classification: 18A
Durée: 144 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Japonais (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 14
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Robert Bélanger
17 octobre 2007

Il aura fallu près de 10 ans pour que Takeshi Kitano obtienne un rôle à sa mesure dans un film qu'il n'a pas lui-même réalisé. "Blood and Bones" (Chi to hone), réalisé par Sai Yoichi d'après le roman de Yan Sogiru, a accumulé les nominations et les prix aux "Japanese Academy Awards", mais son succès est dû en grande partie grâce à la prestation stupéfiante du célèbre acteur surnommé "Beat". Sombre, violent et nihiliste, le film s'attarde aux difficultés d'intégration d'une communauté d'immigrants coréens au Japon et au règne de terreur imposé par un homme égocentrique d'une cruauté extrême, qui détruira tout pour arriver à ses fins.

En 1923, un jeune paysan nommé Kim Shun-pei (Takeshi Kitano) quitte son île natale de Cheju en Corée du Sud pour immigrer à Osaka, au Japon. Son rêve, faire fortune. Malgré la pauvreté et le climat de discrimination qui l'entoure, il se retrouvera à la tête d'une petite fabrique de "kamaboka" (pâtés de poissons). Exploitant ses employés sans vergogne et abusant de sa femme et des membres de sa famille, cet homme aussi cruel que charismatique atteindra son but, mais finira ses jours en solitaire, 60 ans plus tard en Corée du Nord.

"I got the bone from my father, and the flesh from my mother..." (extrait d'une chanson coréenne)

"Blood and Bones" trace le portrait d'un monstre. Je n'avais pas vu de personnage aussi répugnant depuis Le boucher (Philippe Nahon) dans Seul Contre Tous (1998) de Gaspar Noé. Kim Shun-pei est cupide, violent et habité par une haine quasi indescriptible. 144 minutes de haine étalées sur six décennies. Malgré cela, on ne peut pas parler de film à caractère épique puisque la caméra, comme un chien enchaîné à sa niche, nous montre constamment les mêmes décors limités à quelques rues et quelques maisons. Le passage du temps n'est marqué que par l'apparition furtive d'une automobile ou par le bruit d'un avion traversant le ciel, comme si le progrès et le miracle économique n'avaient aucune emprise sur ce ghetto d'immigrés, laissés à eux-mêmes sous l'emprise dictatoriale de Kim Shun-pei. L'approche du réalisateur installe une atmosphère étouffante et claustrophobe, mais son film est lent et répétitif, présentant une série de scènes où le cycle de la violence se reproduit inlassablement. Kim Shun-pei viole sa femme, bat ses enfants, maltraite ses voisins, ses employés, ses maîtresses et on recommence. Même le plus patient et endurci des spectateurs aura de la difficulté à endurer toute cette brutalité et à se rendre jusqu'au bout, d'autant plus que le cinéaste ne fait aucun effort pour intégrer des éléments pouvant expliquer les motivations et le comportement abusif du personnage principal dans une intrigue cohérente.

Le transfert proposé est agréable. L'image paraît parfois un peu douce, ce qui occasionne une légère perte au niveau des détails, mais en général le niveau des contrastes et le rendu des noirs sont excellents. La palette de couleurs est assez sombre, mais la définition est adéquate et les tons de peau sont naturels. La pellicule est propre et on note à peine une légère accentuation des contours lors de quelques scènes. La piste audio en Dolby Digital 5.1 est passablement dynamique et offre une ambiance enveloppante pour le spectateur. Les enceintes arrière sont souvent mises à contribution et plusieurs effets ambiophoniques viennent plonger le spectateur au coeur de la violence. La séparation des canaux est nette et l'excellente trame musicale de Tarô Iwashiro en bénéficie largement. Les dialogues sont clairs et les sous-titres optionnels sont faciles à lire, bien qu'ils comportent quelques erreurs typographiques, autant en anglais qu'en français. La présentation et les menus sont standards et aucun supplément n'est offert sur cette édition.

Sai Yoichi tenait absolument à ce que Takeshi Kitano interprète le rôle principal et aurait attendu six ans qu'il soit enfin disponible. Heureusement, parce que la prestation de "Beat" est ahurissante (la distribution d'ensemble est également excellente) et qu'il porte presque entièrement sur ses épaules un film maîtrisé sur le plan technique, mais beaucoup trop long, déprimant et répétitif.


Cotes

Film6
Présentation4
Suppléments-
Vidéo7
Audio8