The Bothersome Man
Métropole Films Distribution / Mongrel Media

Réalisateur: Jens Lien
Année: 2006
Classification: 14A
Durée: 95 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Norvégien (DD20)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
3 octobre 2007

Mystérieux à souhait et plein d'inventivité, "L'ahuri" ("The Bothersome Man" en anglais et "Den Brysomme Mannen" en version originale) arrive tout droit de la Norvège, près d'une année après avoir remporté la mention spéciale du jury au Festival de Nouveau Cinéma de Montréal en 2006. Un décalage horaire qui n'a rien perdu de son pouvoir évocateur.

Andréas (Trond Fausa Aurvag) vient d'arriver dans une petite ville très étrange. Tout y est parfait. Les gens sont sympathiques, il trouve l'amour et un travail en criant ciseau, l'argent ne manque pas, il fait toujours beau, etc. Dans cet univers aseptisé, il y a toutefois des hics. L'alcool ne saoule pas, la nourriture n'a pas beaucoup de goût et les enfants se font rares. Malheureusement pour l'homme d'âge mûr, il est incapable de quitter ce lieu de paix ou même de se suicider. Tous ses efforts le ramènent à son point de départ. Un jour, il entend une étrange musique qui semble émaner de chez son voisin...

De façon beaucoup plus légère, "L'ahuri" est une version ensoleillée de Dark City ou moins folle de Brazil. Il s'agit donc d'un monde parfait d'où nul ne peut s'échapper, en phase avec la littérature d'anticipation, de 1984 au Meilleur des mondes. En moins mémorable, bien entendu. Pourtant, ce nouveau film de Jens Lien exprime bien la société du futur, se basant littéralement sur les utopies de perfection engendrées par le modèle scandinave, privilégiant la raison de Descartes aux sentiments de Rousseau. C'est justement ce qui est trop beau qui endort et ennuie. Pas de procréation, pas de pollution et pas d'individus sous l'effet de l'alcool. L'être humain sait se tenir à carreau, il s'embrasse langoureusement de façon artificielle, il choisit ses partenaires comme un meuble dans un livre IKEA et en cas de séparation, aucune larme n'est au rendez-vous.

Cette société de demain ne tombe heureusement pas dans ses artifices mécaniques. Le suspense est toujours présent et il s'intensifie, fascinant au passage, proposant des centaines de questions. Plusieurs scènes s'avèrent également très violentes. Le corps se découpe et il reçoit des coups, mais jamais pour bien longtemps. En transportant l'incompréhension sans jamais verser dans la facilité, Trond Fausa Aurvag s'avère très crédible. Tout comme Jens Lien à la réalisation qui offre une mise en scène extrêmement soignée, faisant alterner thriller, drame et exploration d'un monde parallèle sans jamais trop se répéter.

La couleur de la perfection est le blanc et c'est cette teinte qui domine. Elle se mélange au gris, demeurant toujours sobre, transformant la nature au passage, l'envahissant sous une aridité qui ne peut être évitée. Les paysages évoquent les grands espaces et ils sont superbes. La qualité des contrastes donne beaucoup de profondeur à la noirceur, alors que les soudaines utilisations du rouge pour le sang surprennent par leur intensité. La piste sonore norvégienne en Dolby Digital 2.0 ne s'en laisse pas imposer et des bruits de trains, de bourrasques de vents et de gens qui marchent s'évadent des différentes enceintes. Afin de bien saisir les dialogues, mieux vaut opter pour d'ordinaires sous-titres blancs en anglais et en français. La musique, porteuse d'émotions, est généralement très orchestrale, laissant pourtant l'espace à des airs jazzés de développer des atmosphères plus sensuelles.

La pochette est une des plus jolies à avoir vu le jour depuis très longtemps. Le dos d'un homme est montré avec des halos qui l'entourent et l'emprisonnent. Il semble incapable de s'échapper de cette belle cage dorée qui ne le fait que tourner en rond... Le parallèle avec la société moderne est plus qu'évident. Étrangement, hormis un court résumé dans les langues de Molière et de Shakespeare, le boîtier contient très peu d'informations. Pour avoir le nom du cinéaste et de la distribution, il faudrait même faire un détour vers l'Internet! Le menu principal du DVD reprend l'image statique de la pochette. Il y a toutefois une superbe mélodie au piano pour bercer la navigation. Cette dernière sera de courte durée, car il n'y a absolument aucun supplément pour en savoir davantage sur ce monde d'exception.

Sans tambour ni trompette, "L'ahuri" est un autre exemple probant du manque de distribution dans les salles de cinéma qui attendent souvent les œuvres étrangères récompensées dans des festivals. À moins que le tout comporte un réalisateur estimé ou des stars internationales, le récit prendra souvent la route du DVD (avec de la chance), ou il peut même se perdre en chemin et ne plus jamais revoir la couleur du Québec. Il faudra donc profiter de cet opus de Jens Lien qui, sans révolutionner le genre, arrive à l'alimenter convenablement.


Cotes

Film8
Présentation7
Suppléments-
Vidéo8
Audio7