Brothers
Les Films Séville Pictures

Réalisateur: Susanne Bier
Année: 2004
Classification: 13+ (QC)
Durée: 117 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Danois (DD51)
Sous-titres: Français, Anglais
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
31 janvier 2006

Le poids de la culpabilité transcende le royaume des morts pour affecter le commun des vivants et détruire une charmante famille danoise dans "Brødre", un drame psychologique intense qui part d'une histoire assez convenue afin d'amener un éclairage sensible sur les sentiments amoureux.

Michael (Ulrich Thomsen) est un homme comblé par la vie. Il est le père de deux fillettes aussi jolies que talentueuses. Sa femme Sarah (Connie Nielsen) l'aime tendrement et leur relation ne semble comporter aucun nuage à l'horizon. Même qu'il est le chouchou de ses parents, qui le préfère nettement à l'autre fils Jannick (Nikolaj Lie Kaas), un être alcoolique et turbulent n'ayant aucune difficulté à se mettre dans l'embarras. En mission en Afghanistan pour le service de l'armée, Michael se fait kidnapper et il est présumé mort. Se sentant abandonnée, son épouse commence à devenir de plus en plus proche de Jannick et l'amour semble réciproque. Cette béquille entre deux âmes éplorées sera toutefois incroyablement instable au retour de Michael, qui reviendra totalement traumatisé des sévices de ses ravisseurs. Il devient alors jaloux, possessif et même violent, provoquant un nouvel éclatement du noyau familial.

Depuis le début des années 1990, la réalisatrice Susanne Bier se plait à mettre en pièce la famille parfaite à la suite d'un accident aussi imprévisible qu'irréversible. Après des débuts corrects avec des œuvres à peine convaincantes comme Pensionat Oskar et Den Eneste En, elle a flirté avec la technique du Dogme 95 sur son très réussi Elsker Dig For Evigt. Pas surprenant de voir la célèbre compagnie de production Zentropa de l'acclamé cinéaste Lars von Trier la soutenir financièrement. Les thématiques humanistes se croisent et toutes ensemble, ce sont les œuvres souvent inconnues provenant du Danemark qui arrivent à attirer un certain public à l'extérieur de l'Europe. Pour "Brødre", cette même équipe revient à la charge et le résultat est facilement ce que Bier a écrit de plus fort.

À priori, le canevas de ce long métrage est daté. Une femme tombe amoureuse du frère de son mari qu'elle croit décédé. Et lorsque l'ancien fantôme refait surface, rien n'est comme avant et les troubles de comportement se feront vite ressentir. Pas très nouveau comme sujet. Le gentil du début est le méchant de la fin et vice-versa. Au-delà de cette dichotomie qui n'a jamais lieu se trouve un style très sobre qui se veut direct et incisif. Les personnes parlent rarement pour dire des sottises et les silences destructeurs sont nombreux. L'émotion, si difficilement identifiable, passe surtout par les soupirs, les yeux détruits, le souffle coupé et les mains tremblotantes. Et lorsque l'adage "la vérité sort toujours de la bouche des enfants" se veut faussée, c'est l'implosion totale des personnages qui amèneront une réévaluation des valeurs. De ce lot, les trois pôles de chaleur cherchent le confort de l'amour sans jamais y parvenir. Ulrich Thomsen est à la fois bouleversant et choquant en victime qui devient rapidement un bourreau. Sa vie n'a plus de sens et il cherche à amener dans sa chute tout ce qui a déjà été important pour lui. Face à lui se terre une Connie Nielsen qui n'a jamais joué aussi juste et un inégal Nikolaj Lie Kaas qui arrive seulement à devenir convainquant dans la deuxième moitié du film.

En montrant sans cesse des figures pas toujours définies (ces tourbillons de la vie) et en braquant ses caméras directement sur les protagonistes, "Brødre" arrive à pénétrer dans l'âme des personnages. Voilà pourquoi les teintes des images sont souvent sombres. L'aura mélancolique chimérique cherche le statu quo et l'utilisation de la lumière offre des ombres troubles et bizarres. Les gros plans sont légions et ils offrent beaucoup de détails qui font qu'un certain flou presque normal en émane. Dans le style, ce n'est pas trop désagréable. La dominance du noir, du blanc et du rouge est marquante et le léger saignement de couleurs est si subtil qu'il s'oublie facilement. Tout comme la lecture nécessaire des sous-titres blancs qui se déroule sans ambiguïté. La présence de deux pistes audio (2.0 et 5.1) est toutefois un peu superflue, car les effets sur les haut-parleurs situés sur les côtés ne sont pas très développés. Quelques explosions surprenantes, la présence d'un hélicoptère et c'est pas mal tout. Des détails de pacotilles en prenant en considération que pour un drame, ce sont les enceintes situées à l'avant qui sont importantes. La trame sonore, atmosphérique et très éthérée, rappelle indéniablement celle de 21 Grams. Elle remplace donc les mots et c'est la musique qui fait le lien entre deux segments, ce qui signifie qu'il n'y a rien pour nuire à la compréhension des voix danoises.

Une fois en route, ce film offre des qualités cinématographiques indéniables, mais ce n'est pas évident de porter son regard sur cette production. La traduction de "Brødre" est naturellement Brothers, ou Frères, un titre quelconque qui ressemble à tant d'autres. La pochette ordinaire montre les trois acteurs principaux avec plusieurs citations de médias supposément reconnus. Quant au menu principal du DVD, il est dépouillé et la photo présente semble souffrir d'un mauvais montage. Quelle chance que la musique est agréable, car rien ne bouge, les icônes sont un peu petites et les suppléments sont inexistants. Une vraie honte pour une œuvre aussi juste et puissante!

Le contenant est un peut-être déficient, l'histoire déjà vue et les bonus aussi rares que l'herbe dans un igloo, mais "Brødre" est un film qui mérite amplement son visionnement. Des interprètes généralement talentueux sont dirigés admirablement par une réalisatrice au potentiel certain qui n'hésite pas à puiser dans le côté obscur de l'être humain pour chercher de la tendresse et de l'amour.


Cotes

Film8
Présentation3
Suppléments-
Vidéo7
Audio7