Caché
Sony Pictures Home Entertainment

Réalisateur: Michael Haneke
Année: 2005
Classification: 14A
Durée: 118 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD50)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres: 24
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
3 juillet 2006

C'est le moment de retenir son souffle parce que le suspense francophone le plus claustrophobique des dernières années arrive en format DVD. Doté d'une mise en scène extraordinaire et de fabuleux comédiens, "Caché" glace le sang.

Les premières images convainquent totalement et la curiosité est piquée. C'est un long plan fixe sur une maison comme les autres. Rapidement, Georges (Daniel Auteuil) se rend à l'évidence que l'image sur cette vidéocassette représente sa demeure. Quelqu'un semble l'épier, lui, sa femme (Juliette Binoche) et son fils. Pourquoi? Dans quel but? De nombreuses questions qui resteront sans réponses. Mais ces avertissements continuent pendant plusieurs journées. Cette fois, il y a également des dessins d'enfants qui sont inclus. La police ne peut rien faire, car il n'y a aucune menace directe. La famille de Georges commence à avoir peur. Comment vivre normalement lorsque chacun de leurs gestes est épié? "Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour ne rien perdre?".

Le cinéma de Michale Haneke est dérangeant, provoquant, à la limite du supportable. Il n'y a qu'à se souvenir de ce très particulier La Pianiste qui en avait fait rager plus d'un. "Caché" ne fait pas exception. Tout y est glacé, enfoui le plus profondément possible. Les teintes sont grises, les mensonges sont partout et le passé aura le dernier mot. Il faut réellement être joueur pour se rendre jusqu'à la fin sans trop rouspéter, car les intempéries sont là pour dérouter. À commencer par ces très longs plans fixes qui ne semblent jamais vouloir se terminer. Le rythme, extrêmement lent, cumule de nombreuses répétitions, des sous-entendus, des soupirs et des regards révélateurs. Il faut rester alerte pour tout découvrir, tout déceler. Surtout que la torpeur n'est jamais très éloignée de la pure folie.

En partant d'une thématique moyennement bien exploitée chez le Lost Highway de David Lynch, le réalisateur de Funny Games va beaucoup plus loin. Malgré les nombreuses scènes extérieures, "Caché" demeure, avec Old Boy, peut-être bien le huit clos le plus suffocant de ce nouveau millénaire. Le spectateur devient rapidement voyeur et il sera manipulé par un cinéaste hors pair, capable de traumatiser lors de séquences d'une rare maestria. Surtout qu'il a tendance à laisser les gens dans le noir. En partant du suspense, il divague vers le drame psychologique intense sans jamais rien expliquer. L'âme humaine est un mystère total, à l'image de ce long métrage dont la finale ne finit plus de dérouter.

Au sein de cet exercice de style très particulier se trouve une distribution à l'avenant, qui nourrit les deux protagonistes principaux pour les amener vers de nouveaux sommets. Daniel Auteuil et Juliette Binoche sont tour à tour bouleversants et inquiétants, alors que cette perte soudaine de liberté et d'intimité les détruira peu à peu. L'un se sent coupable de ce qui arrive et l'autre nage dans les dédales de l'ignorance, ce qui provoquera une rupture communicationnelle sans équivoque. Autour d'eux se retrouvent des acteurs habitués du cinéma exigeant de Haneke, comme Annie Girardot, Daniel Duval, Maurice Bénichou, Denis Podalydès et Nathalie Richard. En extrapolant sur ce sentiment de regret, les protagonistes deviennent littéralement des pays, comme ce plan montrant la présence américaine dans un pays quelconque ou la danse macabre que se joue la France avec l'Algérie depuis tant d'années. La peur fait son chemin, les mécanismes de défense agissent pour faciliter l'existence, mais le destin rattrape toujours son bourreau.

Cette édition distribuée par Sony n'est toutefois pas fidèle à 100% au film présenté en salles. La superbe introduction n'a pas le même impact. Il faut un énorme écran pour bien capter la richesse de ces mots qui apparaissent sans jamais disparaître. Une scène a également été altérée. À la seizième minute, le personnage incarné par Juliette Binoche reçoit deux appels téléphoniques. Le premier est la secrétaire de son mari et le deuxième, il n'y a personne qui parle au bout du fil. Cette séquence ne représente toutefois pas la réalité. Dans la version originale, une voix d'homme demandant incessamment "pourrais-je parler à Georges Laurent" se faisait entendre. Haneke aurait-il sabordé sa première mouture, car elle donnait trop d'indices? Ou c'est le distributeur qui a charcuté le tout pour des raisons nébuleuses?

La pochette de ce petit chef-d'œuvre est incroyablement représentative. Une marque cinglante rouge sang vient brimer le confort gris et sans histoire de cette famille comme les autres. Le menu principal du DVD reprend judicieusement ce simple concept en respectant le ton de l'ensemble et la vision de l'auteur. Tout d'abord, rien ne bouge. Haneke a réalisé un opus sans action, assez répétitif, comportant des plans séquences fixes qui semblent s'étirer jusqu'à l'infini. C'est le chemin tranquille de la vie. Pour illustrer cette mer sans vagues, la photographie y est sombre, austère, monotone, ankylosée. Les drames ne sont que suggérés, balayés sous le tapis lorsque l'inattendu se produit. Afin de forcer l'impact, la démonstration est incroyablement réaliste. Les images sont judicieuses, le niveau des détails s'avérant précis et développé. Au tout début, un peu de blocage peut survenir dans les nombreux livres, mais cette petite anomalie disparaît très rapidement. Jouant à Houdini avec son spectateur, le cinéaste réserve quelques surprises sur le plan purement technique. Une piste sonore française 5.0 est incluse, sauf qu'elle ne sert absolument à rien! Il n'y a pas de musique et les effets sortant des haut-parleurs situés sur le côté sont plus que limités, car "Caché" épouse un dogme sans fioriture. Aucune mélodie ne berce l'existence, il en va de soi du récit final. Est-ce si surprenant que le menu reprenne ce point de vue en étant totalement muet? Cette subtilité de tous les instants permet de bien entendre ces voix un peu faibles qui comportent, au besoin, de superbes sous-titres anglophones et espagnols.

Comme dans tous les Alfred Hitchcock, mieux vaut se taire que d'expliquer les rebondissements possibles et inimaginables. Ainsi, il sera toujours possible de revoir de multiples fois le récit et d'y retrouver des éléments mystérieux, ce qui créera de nouvelles pistes de réflexion. Cette façon de concevoir le suspense oriente les suppléments peu nombreux, mais riches en détail. Il y a une entrevue de 25 minutes avec Michael Haneke. Il parle des thèmes, des personnages, du rôle politique tout en évitant les explications simplistes et manichéennes. Il traite de cette finale troublante en la rendant encore plus obsédante. Il a bel et bien écrit des dialogues, mais il emportera son secret dans sa tombe! Frustration totale...à moins de débusquer une personne pouvant lire sur les lèvres! Le deuxième bonus est une visite des lieux de 32 minutes intitulée "Behind the Scene". Différents artisans parlent du tournage et des problèmes techniques. Le leitmotiv tourne toutefois autour de la rigidité de Haneke pour obtenir le meilleur plan possible, de ses humeurs pas toujours évidentes et de sa passion pour le cinéma. Parfois un peu long, mais toujours inspirant. Une série de dix bandes-annonces complètent le tout.

Génial opus dramatique, "Caché" n'a pas terminé de chambouler. Après avoir remporté les prix de la Mise en scène, de la Critique internationale et du Jury œcuménique au Festival de Cannes en 2005, il a fait le tour du monde pour recevoir de multiples récompenses et éloges de toutes sortes. S'il faut avoir un estomac cinématographique très garni pour tout digérer sans être malade, les effets salvateurs - ou traumatisants - ne risquent pas de disparaître de sitôt.


Cotes

Film9
Présentation6
Suppléments7
Vidéo8
Audio7