The Boss of it All (Direktøren for det hele)
Les Films Séville Pictures

Réalisateur: Lars von Trier
Année: 2006
Classification: 14A
Durée: 99 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Danois (DD20), Fançais (DD20)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
14 novembre 2007

Lars von Trier, un des meilleurs cinéastes contemporains, prend une pause de ses sujets lourds en offrant "Direktøren for det hele" ("Le directeur" en français et "The Boss of It All" en anglais), une petite comédie mordante et divertissante qui n'est pas sans rappeler la série télévisée The Office. Un bonheur léger qui s'avère facilement son œuvre la plus inoffensive et mineure en carrière.

Et si une société d'informatique était menée par un propriétaire fictif? Et si un des actionnaires qui cherche à empocher le gros lot dépêchait un acteur professionnel pour tromper les gens? Et si ce comédien, qui aime un peu trop son rôle, décidait de le garder pendant un certain temps? Et si, cas de conscience oblige, il décidait de réparer ses erreurs pour amener une quelconque justice dans ce milieu de requins et de piranhas? Voilà beaucoup de possibilités pour un même film.

Lars von Trier est victime de son succès. Dès l'époque de son excellent Europa, il était sur toutes les lèvres. Les cinéphiles se passionnaient pour ses récits aussi singuliers et ravageurs que Breaking the Waves et la fameuse Palme d'Or Dancer in the Dark. En 2003, il propose le premier volet d'une nouvelle trilogie. Si Dogville est très bien accueilli presque partout sur son passage, sa suite Manderlay mord la poussière. Soudainement, les qualités du Danois se transforment en défauts et la mode était de le laisser sur la glace. Remise en question, dépression: l'artiste ne peut que broyer du noir.

C'est à cette période que "Le directeur" voit le jour. La thérapie pour se sortir de la léthargie n'est toutefois pas toujours convaincante. Le sujet ne manque pas d'intérêt et les sous-entendus sociaux font sourire, sauf que le résultat s'arrête seulement au stade de la gentille dénonciation du mode de travail au lieu de verser dans la grosse critique de la société. Cette couche de verni, appréciable sans plus, ne semble pas venir du même endroit qui avait offert le mémorable Le royaume. Même Les idiots, œuvre d'exception qui avait versée beaucoup d'encre à sa sortie (on aime ou on déteste), s'avère plus profonde et complète que ce tour de piste.

Les journalistes qui versent dans la facilité vont sans cesse ramener à l'ordre du jour son mythique Dogma, une façon de tourner en improvisant, caméra à l'épaule, sans lumière et sans musique. Cependant, les œuvres qui utilisent cette technique sont rares et ni Après la noce, Red Road ou "Le directeur" n'empruntent ce chemin. Celui-ci se trouve même à l'opposée. Le réalisateur apparaît en tant que narrateur et il joue un jeu avec le spectateur. Ce dernier doit repérer des erreurs intentionnelles, comme l'ombre d'un caméraman dans une vitrine et des billes qui changent sans cesse de couleurs dans une même séquence. Un pari risqué qui fait disparaître toute implication envers les personnages.

Cela n'excuse tout de même pas sa banale mise en scène où il multiplie les plans ordinaires. Luminosité d'une blancheur abyssale, teintes un peu trop bleues, contrastes appuyés: le milieu clinique et monolithique du travail prend forme. D'un côté, ces images laissent à désirer. De l'autre, qui dit que ce n'est justement pas ça que monsieur Epidemic voulait? Du visuel ordinaire et une qualité sonore à peine appréciable. Les différentes pistes audio en danois et en français sont tout à fait acceptables et les voix s'entendent sans problème. Sauf que les sous-titres anglophones ou francophones blancs laissent à désirer, les pistes sonores en Dolby Digital 2.0 ne sont nullement exploitées et, comme c'est très souvent le cas, il n'y a aucune musique.

Il y a néanmoins un supplément. Il est maigre, mais il est présent. Il s'agit d'un court road-movie de douze minutes. Pendant les cinq premières minutes, on y suit Eva Ziemsen dans ses démarches pour filmer le cinéaste. Elle arrive au Danemark, pose des questions en anglais aux gens présents et débarque dans les bureaux de la compagnie Zentropa. Les autres secondes sont consacrées à une entrevue un peu simpliste où le principal intéressé parle de cinéma, de fiction et de réalité. Malheureusement, il y a très peu d'éléments nouveaux à se mettre sous la dent. Ce segment est à l'image du boîtier et du menu principal du DVD: montrer un petit homme regarder un énorme grand patron est une bonne idée, mais il faut bien plus qu'une prémisse ingénieuse pour créer quelque chose qui sort de l'ordinaire.

Un nouveau Lars von Trier demeure toutefois largement supérieur à la moyenne des productions courantes. Les acteurs sont bien dirigés, un humour très particulier émane à quelques endroits (les confrontations danoises et islandaises sont irrésistibles) et les dialogues sarcastiques sont légion. Il faut se rappeler que les plus grands réalisateurs (Welles, Truffaut, Fellini, Bergman, Kubrick, etc.) n'ont pas fait que des chefs d'œuvres. La patience est donc de mise ici et, pour passer un meilleur moment, il faudra reléguer les attentes aux oubliettes.


Cotes

Film6
Présentation2
Suppléments2
Vidéo6
Audio6