Funeral Parade of Roses [Blu-ray]
Cinelicious Pics

Réalisateur: Toshio Matsumoto
Année: 1969
Classification: NR
Durée: 107 minutes
Ratio: 1.33:1
Codec: 1080p (AVC)
Langue: Japonais (DTSHD10)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 13
Nombre de disques: 2 (BD-50)
Code barres (CUP): 663390002018

Ce disque Blu-ray est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
20 novembre 2017

La nouvelle vague japonaise est généralement associée aux délires de Shohei Imamura (Cochons et cuirassés), à la vision unique de Masahiro Shinoda (Double suicide) et à la poésie obsédante d'Hiroshi Teshigahara, qui a offert le plus grand chef-d'oeuvre du mouvement avec La femme des sables. On fait trop peu mention de Toshio Matsumoto, qui a principalement oeuvré dans le court-métrage. Afin de souligner l'apport du cinéaste nippon qui est décédé plus tôt cette année, le distributeur Cinelicious Pics a décidé de restaurer en 4K et de sortir en format Blu-ray son film le plus célèbre.

"Funeral Parade of Roses" qui est marqué par l'époque de sa conception (1969) et qui relate le quotidien d'Eddie (Pita), un travesti au passé trouble qui travaille dans un club de Tokyo, est une oeuvre foisonnante à bien des égards. On y note entre autres une variation sur Oedipus Rex, une distanciation à la Brecht qui brouille la mince ligne entre le réel et la fiction, une satire du pays du Soleil-Levant, etc. C'est ludique et profond à la fois, gore et hilarant, tout en étant profondément original et même expérimental par moments.

Dans l'esprit des longs-métrages de Jean-Luc Godard et Seijun Suzuki, on retrouve une transgression du genre, où la narration opaque et fragmentée n'a finalement que très peu d'importance. Ce qui happe est ce ton tragicomique, la beauté singulière de la photographie, la valeur des répétitions. On s'y perd facilement et l'effort parfois frustrant (la scène du party par exemple s'étire vraiment trop longtemps) se veut généralement fascinant.

Plus qu'un exercice de style, cette création audacieuse opère une rupture avec son médium, dans la lignée de ce que proposait déjà Nagisa Oshima, qui demeure certainement le maître à penser de Matsumoto. Le geste est politique et social, optant pour une différence qui cadre parfaitement avec ses sujets à l'écran. Une liberté soudaine et salvatrice qui permet à cet objet filmique non identifié de s'envoler.

La restauration en 4K est tout simplement magnifique. Aucun parasite ne vient entraver la qualité de l'image, qui utilise parfaitement le noir et le blanc afin de créer le maximum de détails. Le niveau de détails est inouï, tout comme la profondeur des contrastes. La musique minimaliste guide admirablement le récit. Les dialogues ne sont jamais entravés et afin de tout comprendre, il y a de très visibles sous-titres en anglais.

Cette édition comprend un pertinent livret qui retrace le parcours de son réalisateur. La superbe image sur la pochette montre un visage qui baigne entre la noirceur et la lumière la plus floue. Le menu principal reprend deux êtres qui tentent de communiquer. L'ensemble est statique et sans mélodie. En guise de suppléments, le premier disque Blu-ray comprend deux bandes-annonces du film (une de 1969, l'autre de 2017) et une très intéressante piste de commentaires de Chris D qui maîtrise son sujet même si sa voix caverneuse pourra lasser avant la fin. Le second Blu-ray présente huit courts-métrages avant-garde de son créateur qu'il a composé entre 1961 et 1975. Sa folie est de tous les plans et on risque d'y revenir souvent tant il y a quelque chose d'hypnotisant qui en émane.

On ressortira gonflé à bloc de "Funeral Parade of Roses", un trip complètement cinglé qui enivre, irrite et déstabilise tout à la fois. Sans doute que Stanley Kubrick s'en est inspiré pour A Clockwork Orange. En cette saison qui ne jure trop souvent que par des productions divertissantes rapidement oubliées, il s'agit d'une véritable dose d'oxygène.


Cotes

Film8
Présentation8
Suppléments8
Vidéo10
Audio8