L'armée du crime
Métropole Films Distribution / Mongrel Media

Réalisateur: Robert Guédiguian
Année: 2009
Classification: 14A
Durée: 139 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DDST)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 629159041773

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
13 mars 2010

Après le surestimé Inglorious Basterds de Quentin Tarantino, c'est au tour du vénérable cinéaste Robert Guédiguian de s'attaquer au cas de la France sous l'occupation allemande avec "L'armée du crime". Il faudra repasser pour la subtilité et la nuance, mais la leçon d'histoire et de cinéma est loin d'être désagréable.

La répression allemande en France pendant la Seconde Guerre mondiale est telle qu'elle force la population à prendre les armes, s'organisant en factions de résistants qui cherchent ardemment à repousser l'ennemi à l'extérieur de la ville. Dans le lot, il y a l'influent combattant arménien Missak Manouchian (Simon Abarian) et la femme de sa vie (Virginie Ledoyen), le nageur juif Marcel Rayman (Robinson Stévenin) et l'intellectuel communiste Thomas Elek (Grégoire Leprince-Ringuet).

Cette histoire authentique traitée sous le filtre de la fiction (afin d'expliquer les liens intimes entre les personnages et ce, même si d'éloquentes archives audio sont utilisées) porte indéniablement la griffe de son créateur. Après avoir palpé l'histoire avec son excellent Le promeneur du Champ de Mars, Robert Guédiguian retourne au film choral et ambitieux (comme c'était le cas de La ville est tranquille), demeurant toujours aussi intimiste (Le voyage en Arménie), désirant cette fois fuir le cynisme et la noirceur de son précédent Lady Jane (qui vient à peine de sortir au Québec... mais directement en DVD).

Le metteur en scène mélange les histoires et les tranches de vie, alternant entre les nombreux destins afin de montrer cette gauche qui s'organise et dont la conclusion tragique en fera des héros. Sa mise en scène, parfois classique, mais si peu poussiéreuse, rend justice aux émotions et aux enjeux moraux, et si les personnages ne sont pas tous développés également, l'interprétation rachète généralement ces faux pas. Peut-être pas chez Robinson Stévenin qui imite beaucoup trop Clovis Cornillac, mais du côté de Simon Abkarian dont l'humanité vole peu à peu en éclat, et le touchant Grégoire Leprince-Ringuet qui sait faire autre chose que d'être dirigé par Christophe Honoré. Même Virginie Ledoyen, plus jolie qu'expressive, ne gâche pas trop la sauce. Et les habitués du réalisateur retrouveront sa propre famille de cinéma, incarnée par la lumineuse Ariane Ascaride et le toujours prenant Jean-Pierre Darroussin qui campe ici un rôle ingrat.

Bien entendu, un film de Robert Guédiguian ne peut être neutre. Celui qui a déjà eu sa carte du parti communiste affiche dès le départ sa préférence marquée pour la gauche, les résistants. Il n'y a pratiquement que des immigrants qui luttent contre les diaboliques Allemands et les méchants collaborateurs français. Ce ton engagé ne plaira pas à tous, et si l'ensemble est encore moins subtil que plusieurs de ses propres récits, cette façon de prendre position contraste avec la neutralité de plusieurs ouvrages sur le même sujet.

L'intéressante photographie prend de l'expansion grâce cette belle image détaillée aux couleurs enivrantes et aux importants contrastes qui donnent beaucoup de latitude aux ombres. Les teintes auraient pu être encore plus éclatantes et du blocage peut apparaître, sauf qu'il n'y a rien de catastrophique. La douce musique d'Alexandre Desplat (il est partout lui ces temps-ci!) prend son essor dans les cordes et le piano, ainsi qu'au sein de ces quelques chansons porteuses d'émotions. Extrêmement discrète, la piste sonore francophone en Dolby Digital 2.0 se concentre sur les dialogues et les enceintes situées à l'avant, rendant ainsi les voix toujours audibles, qui peuvent bénéficier en cas de besoin d'assez visibles sous-titres blancs en anglais.

L'étonnante pochette noire et blanche montre une arme pointée sur la tête d'un homme en uniforme. Percutant! Dommage que ça ne soit pas le cas du statique menu principal du DVD où des gens fusillés apparaissent sur une mélodie sobre et solennelle. Ce long-métrage ne comporte aucun supplément.

Avec son titre en forme de boutade à l'inoubliable L'armée des ombres de Melville (qui se déroulait à la même époque et qui traitait de thématiques identiques), "L'armée du crime" s'avère nettement plus pertinent et prenant que le récent Les femmes de l'ombre de Jean-Paul Salomé, sans toutefois atteindre le même niveau de divertissement et de virtuosité que le dernier Tarantino. Voilà un filon qui semble éternel et qui sera toujours visité.


Cotes

Film6
Présentation4
Suppléments-
Vidéo7
Audio6