Les Bâtards
Métropole Films Distribution / Mongrel Media

Réalisateur: Amat Escalante
Année: 2008
Classification: 14A
Durée: 90 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Espagnol (DD20)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-5)
Code barres (CUP): 629159038919

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
28 avril 2009

Le Mexique n'est peut-être pas la région touristique la plus populaire du moment, mais son cinéma n'a rien à envier à celui de ses voisins. C'est avec des films âpres et contemplatifs comme "Los Bastardos" ("Les bâtards" en version française) que le pays attirera le regard des cinéphiles étrangers qui oublieront momentanément la situation mondiale actuelle où la grippe porcine monopolise l'attention médiatique.

À Los Angeles, des travailleurs mexicains clandestins vivent dans des situations misérables. Il n'y a pas d'emploi, et lorsqu'il y en a, les conditions de travail sont loin d'être intéressantes. Afin de s'extirper de leur condition sociale, deux individus décident de prendre le taureau par les cornes. Dans un pays où les armes à feu sont facilement disponibles, il est aisé d'opter pour la voie de la facilité.

Lente et songée, l'intrigue de "Les bâtards" se veut mondialisée et universelle. Un peu comme dans l'efficace It's a Free World de Ken Loach, des sans-papiers font l'impossible pour avoir une vie meilleure. Cela inclut même contourner la loi après tant de mois et d'années de vaches maigres. Ce dénouement aussi vif que brutal s'apparente beaucoup au traumatisant Funny Gamesde Michael Hanaeke. Si la faim justifie les moyens, il faut s'attendre à vivre avec les répercussions de ses gestes.

Le traitement n'a rien du traditionnel film d'action. Le réalisateur Amat Escalante a déjà travaillé avec le cinéaste Carlos Reygadas et cela paraît. Sans avoir accouché d'une œuvre aussi inestimable que Lumière silencieuse, il offre un récit difficile parsemé de silences et de lenteurs. L'émotion semble en retrait, en phase avec l'interprétation minimaliste et détachée des protagonistes. La méditation atteint son paroxysme lors de ces plans qui semblent s'éterniser inutilement. Au contraire, le metteur en scène fait alterner la beauté de l'existence avec la laideur des circonstances atténuantes.

La photographie majestueuse cumule les scènes de sable et les éclairages somptueux où le soleil prend beaucoup d'espace. En contrepartie, l'image est un peu terne, avec ce grain et ce blocage un peu trop présent. La palette de couleurs demeure toutefois formidable, et les contrastes sont suffisamment sombres pour créer des ombres assez déroutantes. La musique est très peu présente, se limitant à quelques notes rock, une pièce punk et une scène plus techno. Les rares dialogues sont accompagnés de visibles sous-titres jaunes en anglais et en français. La piste sonore espagnole fait dans l'économie de moyens, ce qui est parfois une bonne idée.

Le boîtier sobre montrant un homme armé rappelle les westerns américains. Le menu principal reprend le tout en demeurant bien statique. Une mélodie unidimensionnelle et lourde de sens provoque d'emblée une charge d'adrénaline. Dommage qu'il n'y ait pas de supplément pour en apprendre davantage sur ce phénomène social.

"Les bâtards" est un film hermétique et difficile, à l'image de son sujet qui n'a pas fini de faire couleur beaucoup d'encre. Les détracteurs d'oeuvres lentes et contemplatives devront cependant y penser à deux fois avant d'embarquer dans l'aventure tant l'histoire semble se limiter à presque rien. Ce n'est pas le cas, évidemment, et ce seront les cinéphiles les plus patients qui raffoleront de cette atmosphère si unique et qui seront effrayés par ce lourd climat de violence qui déferle aux endroits les plus insoupçonnés. Une expérience singulière comme il s'en fait trop rarement.


Cotes

Film6
Présentation3
Suppléments-
Vidéo6
Audio6