28 Weeks Later
20th Century Fox Home Entertainment

Réalisateur: Juan Carlos Fresnadillo
Année: 2007
Classification: 14A
Durée: 100 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD20), Espagnol (DD20)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres: 28
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Anne-Marie Tremblay
9 octobre 2007

Le "28 Weeks Later"de Juan Carlos Fresnadillo était très attendu, et pour cause : son prédécesseur, 28 Days Later, réalisé par Danny Boyle, avait créé une onde de choc et fait renaître le genre "film de zombies" (d'enragés, souligneront les amateurs plus pointilleux) de ses cendres. Eh bien ce deuxième film sur les enragés d'Angleterre valait véritablement le coup.

Débarrassons-nous d'abord de la comparaison avec le premier film : 28 Days Later était un film beaucoup plus intimiste, suivant le point de vue d'un personnage principal, incarné par le sublime, sexy, dévorable Cillian Murphy. Le rythme était plus lent, l'action et l'horreur moins présentes. Les images avaient le temps de parler, en somme, et la montée de la tension se faisait souvent de manière plus graduelle, malgré les effets chocs très efficaces. "28 Weeks Later", de son côté, est un film où davantage de personnages évoluent. Le caractère intimiste est donc évacué, mais sans que cela pose réellement problème. Il s'agit en fait d'un film à part entière, différent et adoptant un nouveau point de vue. Tant mieux!

"28 Weeks Later" s'articule donc autour de la "repeuplade" de Londres : l'armée américaine a la responsabilité des survivants et des Anglais de retour au pays. Il y a des tireurs d'élite, des hélicoptères, une médecin, un général sans pitié : en principe, tout devrait aller rondement. Heureusement pour le spectateur, ce n'est pas le cas, puisque ça dégénère avec l'insertion d'une femme contaminée (mais non enragée) dans le petit univers supposément contrôlé et aseptisé du "District 1". Le virus se propage donc de nouveau, avec une avalanche d'effets gores, de chocs émotifs et de terreur sans nom. Fun!

À partir d'ici, il faut avoir vu le film ou être dévoré de curiosité, c'est selon.

Le film démarre en trombe avec un premier choc, d'ordre psychoaffectif : Don, reclus avec sa conjointe et d'autres survivants dans une maison de campagne, devient la cible d'enragés suite à l'imprudence d'une jeune femme folle d'inquiétude pour son petit ami parti depuis une semaine. À l'étage de la maison, alors que sa femme insiste pour emmener un petit garçon et que le couple se retrouve séparé par un enragé, Don fait le choix d'abandonner sa conjointe et de s'enfuir. Déjà, là, j'étais sciée : voyons donc, laisserait-on sa conjointe, la seule famille qu'il nous reste en Angleterre, alors qu'on a une chance de la sauver? À quoi sert-il de vivre si on n'a personne qui nous aime??? Je n'en revenais pas de ce choix lâche, parce qu'il est évident que Don avait le temps et la possibilité de venir au secours de sa femme. C'est ça qui ébranle le plus. Enfin, ça démarre raide, donc. Et Don sera le seul survivant de cette nouvelle boucherie, ce qui lui permettra de mentir à ses enfants (nouvelle lâcheté) à leur retour au pays. Dernier détail : 28 semaines plus tard, dans le district 1, Don agit à titre de "concierge" ayant bien des responsabilités et ayant accès à toutes les zones. Je me disais que c'était une mauvaise idée, compte tenu de son jugement douteux, de sa tendance à l'égocentrisme et de sa lâcheté. J'avais raison.

Ce qui est intéressant, dans "28 Weeks Later", est justement l'emploi d'un personnage anti-héroïque, à l'opposé extrême d'un Cillian Murphy prêt à tout pour sauver ses amis, les seuls proches qui lui restent, de 28 Days Later. L'adoption de ce point de vue a l'avantage de susciter moult interrogations : laisserais-je mon conjoint, en cas de danger mortel; mon conjoint me laisserait-il me faire dévorer par des enragés; à quel point est-on "héroïque", dans une situation aussi périlleuse; comment peut-on vivre avec soi-même, après un tel abandon; comment annoncer à ses enfants "J'ai laissé votre mère mourir parce que j'ai préféré sauver ma peau"? Je dirais donc, en somme, que le questionnement moral, psychologique et affectif qu'entraînent les choix du personnage de Don contribue à l'horreur formidable du film : ça saigne psychologiquement.

Ce qui est moins intéressant, à mon humble avis, est que ce personnage est rapidement contaminé (par sa conjointe, belle ironie) et qu'il survit à tout, jusqu'à ce qu'il retrouve finalement son fils et qu'il le morde. Il est comme un superenragé, branché sur piles Energizer, qui ne meurt pas même lorsqu'on le gaze. Je me suis demandée s'il n'y avait pas un parallèle à faire avec le zombie plus intelligent que la moyenne du dernier Romero, Land of the deads. Le cas échéant, ce ne serait pas un parallèle pertinent : nul être enragé n'est rationnel.

Finalement, dans l'ensemble, le tout était bien gory, les sursauts souvent au rendez-vous et la tension constamment maintenue. Le seul bémol, en fait, concerne la dernière portion du film, aux allures visuelles de "Blair Witch Project" : la médecin et les enfants se retrouvent à errer dans le métro, plongés dans le noir le plus total; celle-ci les guide avec pour yeux la lunette infrarouge d'un fusil de tireur d'élite. Si on peut apprécier la tension et l'effet claustrophobique en résultant, moi ça m'a juste emmerdée, déjà que la course vers l'hélicoptère salvateur, constamment freinée, commençait à étirer et à gâter la sauce. Le punch final était peu surprenant, mais quand même marrant, quoique de très très mauvais augure.

Le menu principal du DVD offre en arrière-plan une série d'images provenant apparemment de caméras de surveillance et laissant entrevoir graduellement l'horreur dont le spectateur sera témoin tout au long du film. Une musique dramatique, lourde et sombre se fait entendre. En somme, l'ensemble est efficace à créer d'emblée une tension palpable. Il s'agit toutefois du seul menu animé. En ce qui concerne la qualité audiovisuelle du métrage, elle est sans reproche. Les images sont d'une précision chirurgicale, nettes et claires (voir la scène de fuite de Don en bateau : même les gouttes d'eau sont clairement découpées sous le ciel gris), hormis dans les scènes où les personnages sont plongés dans la noirceur. Dans les séquences de course ou de fuite, la caméra à l'épaule suit les protagonistes et parvient très efficacement à communiquer la folie meurtrière et la rage des infectés, sans jamais devenir étourdissante. En outre, les couleurs rougeâtres luisent du plus bel éclat, et c'est une chance car l'hémoglobine coule à flots dans "28 Weeks Later". En ce qui concerne l'ambiance sonore, les scènes sont constamment soutenues par une musique tantôt lancinante, tantôt calme, mais toujours dramatique. De plus, les effets sonores tels que les crachements et les cris inarticulés des infectés contribuent grandement à la terreur que ressent le spectateur dans les séquences de poursuites.

Les suppléments, de leur côté, sont plutôt décevants. D'abord, deux scènes coupées au montage sont présentées, avec les commentaires optionnels du réalisateur et de son scénariste, Enrique Lopez Lavigne. Cependant, ces scènes sont peu intéressantes et les commentaires apportent bien peu d'informations supplémentaires. Ensuite, trois revuettes sur la production fournissent peu ou pas d'éléments pertinents ou nouveaux, malgré qu'ils abordent des sujets intéressants (analyse psychologique du scénario, jeu physique des infectés et réaction des acteurs "non infectés", réalisation des scènes d'action) qui auraient mérité qu'on s'y attarde davantage. D'autre part, deux animations tirées de bandes dessinées inspirées de 28 Days Later et publiées chez Fox Atomic Comics sont offertes ("28 Days Later: The Aftermath : Stage 1 - Development" et "28 Days Later: The aftermath : Stage 3 - Decimation"). La première est insupportable tant au plan visuel (mouvements de caméra saccadés, notamment) qu'auditif (son coupé, mots répétés en échos) : les effets sont si nombreux que le spectateur se retrouve saturé et ne rêve que d'éteindre sa télé. La deuxième animation, beaucoup plus agréable, est toutefois sans conséquence : on y suit brièvement un survivant qui s'attaque aux infectés et, sans qu'on sache trop pourquoi, à un autre survivant. Les deux animations, si elles piquent la curiosité, ne constituent donc pas un enrichissement à 28 Days Later. Finalement, une série de bandes-annonces de films d'horreur est disponible, en plus de celle du film lui-même.

En bout de ligne, Fresnadillo réalise ici une suite qui n'a rien à envier au premier opus, dans la mesure où il souhaitait offrir un produit différent, montrant davantage d'action et d'horreur sanglante, et cela à plus grande échelle. N'empêche que 28 Days Later, de par l'étouffante solitude qu'il exposait, me semble toujours plus marquant, plus mémorable.


Cotes

Film8
Présentation9
Suppléments6
Vidéo10
Audio10