Antichrist
Entertainment One

Réalisateur: Lars von Trier
Année: 2009
Classification: R
Durée: 108 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 774212102691

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
20 novembre 2010

Lars von Trier pond un véritable cauchemar qui ravira au plus haut point ses admirateurs... tout en se mettant encore une fois à dos ses détracteurs. Cela s'appelle "Antichrist" et ça sera impossible à oublier tant il y a des scènes qui marqueront à jamais les esprits.

Que peut faire un couple (Charlotte Gainsbourg et Willem Dafoe) à la mort de son enfant unique? Panser ses plaies, se rapprocher et vivre leur deuil. Pour se faire, ils décident d'aller passer quelques jours en forêt. Ce qui semblait être un exutoire vers l'Eden se transforme rapidement en chemin de croix lorsque la douleur et le désespoir tendent à prendre toute la place.

Probablement le cinéaste le plus polémique des deux dernières décennies, le Danois Lars von Trier n'est pas à un scandale près, qui est justement arrivé à Cannes en 2009 par la présentation du conte gothique "Antichrist". Matraqué par la noirceur, la tension sexuelle omniprésente et les nombreuses scènes de violence insoutenables, plusieurs spectateurs sont sortis de la salle avant la fin de la projection. Sans doute que le récit n'est pas pour les âmes sensibles et qu'il donnera plusieurs munitions aux gens qui détestent le réalisateur. En effet sa misogynie légendaire ressort au grand jour (pourtant la conclusion rappelle au contraire toutes ces femmes seules et sans nom qui souffrent en silence), alors que le projet est toujours à la limite de la suffisance et de la prétention.

Ce qui n'empêche pas le public courageux de découvrir une histoire troublante et mémorable. Dès le départ par son rythme particulier et son ton lent (à la Tarkovsky, qui est remercié au générique), le long-métrage s'éloigne des chemins battus pour trouver sa propre voie dans l'Enfer de la condition humaine, des remords et de la folie. L'Homme retourne à la forêt originelle, redevenant une simple bête qui se laisse guider par son animalité. Comme dans les opus de David Lynch, le climat de tension est constant, avec une dérive progressive du réel vers le magique. Au lieu de tout prendre au pied de la lettre, il est possible de voir l'effort comme une parabole sur l'existence, doublée d'une séance qui tourne mal chez le thérapeute. Prisonniers de ce Tartare qui les gruge de plus en plus, Charlotte Gainsbourg et Willem Dafoe livrent les meilleures performances de leur carrière. La première a remporté le prix d'interprétation à Cannes en campant cette femme unique en son genre, alors que le second retransmet admirablement toutes les douleurs possibles et inimaginables.

La beauté de la photographie propose pratiquement une succession de toiles et de peintures. Au sein de ces joyaux visuels apparaissent un grandiose noir et blanc, des couleurs justes et soignées, un niveau impressionnant de détails et des contrastes judicieux. En fait, tout serait parfait sans la présence - minime mais néanmoins perceptible - de blocage. La musique lourde de sens rappelle que le résultat final s'apparente souvent à une production horrifique. Les pistes sonores anglophones et francophones en Dolby Digital 5.1 regorgent de pleurs d'enfants, de craquements inquiétants, de bourrasques de vent, de pluie qui tombe, d'oiseaux qui hurlent, etc. Les voix demeurent claires, et bien que la traduction dans la langue de Molière soit acceptable, mieux vaut opter (en cas de besoin) pour les visibles sous-titres jaunes en anglais ou en français.

Il est étrange que sur les magnifiques affiches réalisées sur le sujet, celle retenue pour la pochette ne soit pas la plus éclatante, reprenant ces deux corps qui copulent comme si l'humanité allait s'effondrer. Gracieux à souhait, le menu principal du DVD superpose un chœur féminin presque opératique à un beau montage de séquences. Les intéressants suppléments comprennent plus de 90 minutes d'informations qui portent sur quelques essais effectués, la présence de l'œuvre à Cannes, une confession du metteur en scène sur l'anxiété, la création des lieux, du style visuel, la fabrication des effets spéciaux, l'élaboration de la musique, l'entraînement des animaux, le genre féminin à travers quelques ouvrages historiques, une bande-annonce et de courtes entrevues avec Charlotte Gainsbourg et Willem Dafoe. Une piste de commentaires plutôt élaborés entre Lars von Trier et le journaliste Murray Smith permet d'entrer dans la tête du créateur pour découvrir cette énergie noire et créative qui y réside. Le choix de la langue anglaise n'est toutefois pas idéal, car elle empêche parfois son auteur de s'exprimer correctement. Pour obtenir encore plus de bonus, il faudra faire un tour du côté de l'édition Criterion qui comporte notamment une heure d'entrevue avec les artisans.

Sans être aussi magistral que ses précédents Breaking the Waves, Dancer in the Dark et Dogville, "Antichrist" demeure néanmoins un éclatant retour en forme d'un visionnaire qui semblait au neutre ces dernières années. L'odyssée ne s'adresse pas à n'importe qui (le risque d'être traumatisé est très élevé), sauf que le cinéphile qui n'a pas froid aux yeux se retrouvera avec une véritable merveille obsédante et angoissante entre les mains. Lorsque le cinéma se veut dérangeant et marquant.


Cotes

Film8
Présentation7
Suppléments8
Vidéo9
Audio8