Baba Yaga [Blu-ray]
Blue Underground

Réalisateur: Corrado Farina
Année: 1973
Classification: MR
Durée: 83 minutes
Ratio: 1.85:1
Codec: 1080p (AVC)
Langue: Anglais (DTSHD10), Italien (DTSHD10)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (BD-25)
Code barres (CUP): 827058703192

Ce disque Blu-ray est disponible chez: Amazon.ca

Selon Sébastien Cassou
24 février 2012

Une jeune femme rentre chez elle un soir après un party et manque d'être renversée par la voiture luxueuse d'une femme mature nommée Baba Yaga. Cette dernière se propose de reconduire la jeune femme chez elle. Débute alors une relation mystérieuse où la 'sorcière' Baba Yaga, éprise de la jeune Valentina s'insinue peu à peu dans sa vie en faisant mourir les gens de son entourage peu à peu. La jeune Valentina, aidée de son flirt du moment (George Eastman, un habitué des films de Lucio Fulci) devra percer à jour le secret de Baba Yaga et de sa poupée maléfique.

Je ne pense blesser personne en disant que le genre cinématographique dit 'horreur' n'a jamais attiré les grands réalisateurs intellectuels. Pas de 'Massacre à l'égoïne' de Bergman, de 'Le tueur frappe encore plus fort' de Tarkovski ni de 'Retour du démon mort-vivant' de Godard. Pas non plus de films d'horreur dans les palmarès des grands films de tous les temps. Ceux s'en approchant le plus étant peut-être les Hitchcock (qui sont plutôt des suspenses) ou les classiques de l'expressionnisme allemand comme Nosferatu de Murnau ou Le cabinet du Dr Caligari.

Mais les années 70 et leurs idéaux de libération sexuelle et de révolution culturelle permirent certainement un brassage d'idées et de genres qui donnèrent un souffle d'air frais au cinéma. D'horreur comme de science-fiction ou d'autres genres. Parmi les plus intéressés, pour l'horreur du moins, se trouvaient des cinéastes italiens qui n'avaient jusqu'alors pas eu moyen de s'exprimer, vu la prédominance de films américains et britanniques sur les écrans de leur pays. Mais une génération de jeunes artistes et producteurs allait bientôt changer tout ça. De cette époque émergea une série de films d'horreur ou de science-fiction (on pense à 10th Victim d'Elio Petri sorti récemment chez Blue Underground) plus près esthétiquement et au niveau du contenu, des mouvements intellectuels européens de l'époque que de l'habituel film d'action ou de peur.

'Baba Yaga' de Corrado Farina en est un exemple parfait. Tiré d'une bande dessinée érotique italienne aux accents freudiens ("Valentina"), ce film d'ambiance est visiblement réalisé par un intellectuel qui voulait donner un peu de profondeur au genre. En recréant un épisode de la bande dessinée où la séduisante sorcière Baba Yaga (Carroll Baker) vient bouleverser l'univers d'une jeune photographe de mode (Isabelle De Funès, la nièce de Louis) en transformant sa caméra en arme meurtrière, le réalisateur aurait pu choisir une approche plus directe avec assassinats juteux et ambiance tendue. Mais pour tenter de se rapprocher de l'esprit de la bédé originale, Farina opta pour un style plus artistique et léché et pour un scénario plus métaphysique que bourré d'action.

Ce qui explique peut-être pourquoi le film ne semble pas très populaire parmi les fans du genre. Je dois cependant dire que personnellement, ça fait du bien de voir des choses un peu différentes sortir de cette époque. Le rythme est lent, les dialogues mesurés, la caméra est curieuse, mais toujours esthétique et l'ambiance générale est plus intrigante qu'horrifiante. Mais compte tenu de l'histoire plus bizarre qu'épeurante, ça fonctionne somme toute assez bien. Si ce n'avait été de la fin un peu bâclée - en quelques secondes mal découpées le sort de la vilaine sorcière est réglé - et de la retenue pudique du réalisateur - la charge érotique de l'histoire n'est pas bien rendue - le film aurait sûrement traversé le temps avec plus de grâce et d'honneurs.

Il reste toutefois un film original qui bien qu'il ne livre pas ses promesses marque par son style différent et l'audace et la maîtrise de sa réalisation. Donc peut-être plus pour les fans d'Hitchcock que de Lucio Fulci.

Au niveau de la qualité vidéo, le travail de transfert est bien fait, et la copie utilisée semble de bonne qualité. On a peut-être trop atténué un peu les couleurs à certains endroits, mais somme toute l'image est précise. De plus, le négatif utilisé pour le transfert est en très bon état, sans rayures ni poussières. Pour l'audio, le son original est par contre passablement terne et on a du faire des efforts gigantesques pour faire ressortir un peu de profondeur. Ce qui bien entendu a peut-être un lien avec les voix doublées en anglais (la version originale italienne est légèrement meilleure il est vrai). Le transfert pour amener le tout au niveau haute définition des disques bleus est par contre assez réussi, même si on travaillait au départ avec une bande son ordinaire.

On retrouve plusieurs suppléments intéressants sur ce disque haute-définition. Tout d'abord, une longue et fascinante entrevue avec le scénariste et réalisateur Corrado Farina qui révèle les sources de son inspiration et explique sa démarche et ses choix. On voit tout de suite qu'on a affaire à un artiste cultivé et intellectuel ce qui, comme je le mentionnais plus haut, se reflète dans son film. On retrouve aussi un court documentaire sur l'architecte milanais Guido Crepax, instigateur et créateur de la bande dessinée Valentina qui inspira Farina, quelques scènes retranchées (dont la fameuse scène de nu de Carroll Baker), les habituelles affiches, bandes-annonces et photos de presse et finalement un diaporama comparant les personnages de la bédé à ceux du long-métrage.


Cotes

Film8
Présentation7
Suppléments8
Vidéo9
Audio9