Away From Her
Métropole Films Distribution / Mongrel Media

Réalisateur: Sarah Polley
Année: 2006
Classification:
Durée: 103 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51, DD20), Français (DD51, DD20)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Simon Bergeron
26 janvier 2008

La jeune issue des Contes d'Avonlea a bien grandi. À preuve, elle faisait partie du remake de Dawn of the Dead en 2004 et incarnait l'infirmière. Aujourd'hui, troquant son habit de comédienne, elle s'empare non pas d'un, mais bien deux nouveaux chapeaux : scénariste et réalisatrice. Il arrive de plus en plus fréquemment que des acteurs s'essaient derrière la caméra. Certains avec un succès plutôt indiscutable (Mel Gibson pour Braveheart ou d'autres dans une nullité quelconque sans saveur (la preuve, mon exemple ne me revient pas en tête). Cette fois-ci, il s'agit d'une pure réussite. Une œuvre à part entière démontrant le talent d'une réalisatrice plus que capable offrant un superbe film plein d'humanité dans une époque narcissique.

Grant (touchant Gordon Pinsent) et Fiona (émouvante Julie Christie) vivent un beau mariage qui dure depuis plus de 40 ans. Seulement, la mariée subit quelques pertes de mémoire qui semblent s'aggraver, au grand désarroi de son mari, spectateur impuissant du drame. Ils conviennent alors ensemble de placer Fiona dans un centre pour personnes atteintes d'Alzheimer. Cependant, une règle inviolable du centre interdit à toute visite de rencontrer les bénéficiaires pour une période de trente jours. Lorsque Grant surgit pour sa première visite, il est sous le choc de découvrir sa bien-aimée qui selon toute vraisemblance s'est acoquinée d'un autre, visiblement incapable de se souvenir de son mari.

Véritable ode à l'amour au respect et à ce qui est cher, "Away From Her" présente un portrait fascinant et touchant, chaleureux et humain de la maladie. Les personnages, incarnés par des acteurs à la sensibilité adéquate au scénario, se prêtent au jeu dans des rôles taillés sur mesure. Julie Christie et Gordon Pinsent dominent la tête d'affiche en offrant un jeu doux, tendre et passionné sans pour autant verser dans le mélodrame. Sarah Polley réalise ici avec adresse en cernant l'important de son sujet et puise le meilleur de son adaptation de The Bear Came Over The Mountain d'Alice Munro. La cinématographie et la narration font conjointement équipe en rendant réaliste et chaleureuse l'approche de chaque scène. Le thème de l'hiver (période durant laquelle se déroule le film) n'est donc pas exclu de posséder plusieurs messages, qu'il faudra que Grant décode par lui-même puisqu'il ne s'agit pas de l'hiver de sa vie ou celui de Fiona. Les contrastes entre le centre pour patients et la maison du couple détonnent énormément, l'un tombant dans une froideur contrôlée, l'autre dans un confort incertain pour un avenir bien esseulé. Tous les aspects de la production sont mis en œuvre pour faire ressortir l'essence du script et c'est réussi. Même les scènes les plus chargées en émotions ne cèdent pas à la facilité. Une mise en scène personnelle et sensible est ce qu'il fallait et Sarah Polley l'a obtenu. Définitivement un choix de qualité donnant matière à réflexion pour ceux et celles vivant dans une situation similaire.

En guise de suppléments, nous avons la piste de commentaires de Julie Christie, offrant des anecdotes sur le tournage, comment elle s'était préparée pour un rôle de composition aussi ardu et davantage. Seulement, l'édition double disque doit certainement contenir beaucoup plus que ça, et c'est dommage puisque de voir les premiers pas derrière la caméra d'une cinéaste aussi solide mérite d'être vu par tous. Malgré cela, les commentaires sont intéressants et amènent divers points pertinents par cette actrice généreuse.

Claire, nette et précise, l'image demeure néanmoins hantée par un grain synonyme et métaphorique de la mémoire fragmentée, du souvenir résurgent. Ainsi, les couleurs sont chaudes et attendrissantes lors des scènes dans la maison commune et froides et distantes dans les scènes de l'institut. On ne dénote aucune réelle imperfection durant le film si ce n'est d'une compression un tant soit peu exagérée, ce qui ne se remarque qu'en de très rares occasions. Le son est impeccable. L'ambiance intime du film demeure préservé et l'environnement sonore se prête volontiers au sujet : bruits quotidiens pour la maison, ambiance froide et impersonnelle pour le centre. Tout concorde et s'emboîte dans un ensemble parfaitement homogène.

Le menu principal est constitué d'un montage de scène du film sur fond musical tiré de la bande sonore de Jonathan Goldsmith (fils du regretté et légendaire Jerry Goldsmith?) tandis que le reste des menus demeure fixe quoique toujours accompagné de musique. Les menus concordent bien avec l'ambiance générale du film sans briser le plaisir.

"Away From Her" est probablement le premier film sur l'Alzheimer qu'il m'ait été donné de voir et en cet aspect, il est le meilleur à ce jour. Sans verser dans la critique sur le système prenant soin de ces personnes ou sans s'attarder sur d'autres sujets, le film demeure ancré sur les souvenirs des personnages. L'attraction principale constitue en cet éloignement progressif de l'être aimé que l'on ne souhaite jamais vivre, ainsi que la fatalité qui s'y joint et les étapes pour essayer de ne pas en rester là. Un film puissant, intimiste, personnel, chaleureux, humain, profond. Bref, qui vous rappellent pourquoi le cinéma est bien plus qu'un outil de divertissement au 21e siècle.


Cotes

Film9
Présentation7
Suppléments3
Vidéo8
Audio8