All That Jazz
Special Music Edition
20th Century Fox

Réalisateur: Bob Fosse
Année: 1979
Classification: 18A
Durée: 123 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51, DDST), Français (DDST)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
22 avril 2007

Un bon film demeure un bon film, peu importe l'édition. Même sous le sobriquet un peu inutile de "Special Music Edition", le fameux "All That Jazz" demeure une œuvre à voir absolument. Mais de là à repayer pour un produit à peine amélioré, il y a des limites.

Joe Gideon (Roy Scheider) est un metteur en scène aussi brillant qu'excessif. Non seulement il travaille inlassablement à sa nouvelle pièce sur Broadway, mais il n'arrive pas à finir le montage de son dernier film. Pour arriver à garder la forme et le moral, il courtise tout ce qui bouge en prenant quotidiennement de la dexedrine. Mais son rythme de vie infernal et instable risque bien de le rattraper un jour ou l'autre.

Pendant les années 1970, le réalisateur Bob Fosse a réussi à dépoussiérer le genre moribond de la comédie musicale. Au lieu de reprendre exactement les mêmes schémas, il en a créé de nouveau. Non seulement ses chorégraphies brillaient par leur originalité, mais le rythme endiablé arrivait à toucher un nouveau public. Son œuvre la plus accomplie et reconnue est sans doute ce Cabaret avec Liza Minnelli et ses huit Oscars, mais la majorité de ses productions s'avéraient intéressantes. Que ça soit au cinéma ou sur scène (il est l'auteur des numéros de danse de la pièce "Chicago").

Son projet le plus personnel est bien entendu "All That Jazz", lauréat de la Palme d'or à Cannes en 1980. Le montage apocalyptique navigue entre différents espaces temporels, passant aisément de la réalité au rêve le plus fou. À ce chapitre, il est parfois difficile de se retrouver. Le protagoniste a souvent des visions angéliques avec Jessica Lange et son leitmotiv est de se droguer sur une musique classique très précise. Grand admirateur de Fellini (son Sweet Charity n'était qu'une adaptation américaine des Nuits de Cabiria), Fosse se plonge dans le mythique 8 ½ pour en ressortir plusieurs éléments incongrus, entre l'intimiste et le grand public.

Un des plus grands plaisirs de ce film est de noter comment la fiction rejoint la réalité. Les évènements qui se déroulent sont à forte tendance biographique, et le comédien qui incarne le rôle principal, le charismatique Roy Scheider, est une parfaite réincarnation de Fosse. Sa façon de bouger ou de continuellement avoir une cigarette sur le bout des lèvres transforme un banal anti-héros en une figure plus grande que nature. Le succès tant mérité reposait donc sur les solides épaules de monsieur Seaquest et celui-ci est tout simplement brillant. Il embrasse avec brio un personnage antipathique en le rendant vivant et attachant.

Les numéros de danse sont plus que réussis. Ils sont généralement longs et ils surprennent par leur inventivité. La réalisation lustrée multiplie les éclairages de toute sorte. La blancheur de quelques plans peut nuire à la perfectibilité des contrastes, sauf que le niveau des détails s'avère toujours recommandable. Les images ne semblent pas avoir vieilli d'un iota, ce qui est simplement incroyable. Les séquences musicales rendent les tympans tout joyeux. Les airs restent en tête et ils se fredonnent aisément. Parfois, le son peut enterrer les voix, mais ce n'est que pour quelques secondes. En cas de nécessité, il est toujours possible d'insérer d'honnêtes sous-titres blancs en anglais ou en espagnol. La piste sonore anglophone en Dolby Digital 5.1 se démarque légèrement en rendant les instants survoltés plus vivants, sauf que les différentes enceintes auraient bénéficié davantage que de simples applaudissements ou des mélodies plus présentes.

La pochette est dans un ton agressif d'orange où ressortent le titre et les deux principaux comédiens. Un court livret présent dans le boîtier explique quelques enjeux. En insérant le DVD, des spots lumineux se font ressentir. Le menu principal apparaît, avec des numéros de danse, un montage de scènes et de la musique de circonstance. Le ton est lancé! Après un opus aussi singulier et intéressant, pourquoi ne pas opter pour quelques suppléments? La piste de commentaires articulée par le monteur peut surprendre. Pourquoi lui? Bob Fosse est décédé en 1987, mais Scheider est encore en vie. Alain Heim parle des difficultés du montage en y allant de plusieurs remarques assez drôles, mais il semble manquer quelque chose. Même son de cloche sur le portrait qu'offrent Rob Marshall, Liza Minelli et plusieurs autres artisans à propos de Fosse. Pendant 23 minutes, tout le monde parle de son génie sans réellement aborder dans le détail les aspects plus nuancés. C'est dommage. Surtout qu'à part ces deux éléments, le reste n'est pas particulièrement nourrissant. Le musicien George Benson parle brièvement de la façon dont la pièce "On Broadway" est née, il y a une séance de karaoké sur "Take Off With Us" et il est possible d'accéder directement à tous les extraits musicaux. Les deux galeries de photos pourront toutefois en accrocher plusieurs, car il y a plus de 150 poses montrant les acteurs, le cinéaste et des scènes importantes.

"All That Jazz" est un film qui plaira autant au grand public qu'aux cinéphiles. La musique et les numéros de danse accrochent immédiatement, alors que la mise en scène archaïque et les thématiques plus noires offrent davantage de profondeur que le récent et surestimé Chicago. La trame narrative est sans doute prévisible et la dernière image n'était pas vraiment nécessaire, mais quelle performance mémorable de Roy Scheider. Seulement pour lui, le visionnement s'impose. Sauf que ceux qui possèdent l'ancienne édition ne trouveront pas grand-chose de nouveau ou de singulier à cette "Special Music Edition".


Cotes

Film8
Présentation7
Suppléments6
Vidéo8
Audio7