10 ½
Alliance / Zoofilms

Réalisateur: Podz
Année: 2010
Classification: 18A
Durée: 117 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 065935844020

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
9 février 2011

En moins d'une année, Podz est passé d'un estimé réalisateur de télévision à un des cinéastes les plus prometteurs du cinéma québécois. Après la déflagration de Les sept jours du Talion place à l'encore plus fort et dérangeant "10 ½". Une autre preuve vivante de la vitalité du cinéma québécois qui sait être à la fois social et humain.

Tommy (Robert Naylor) est un garçon de 10 et demi qui a des problèmes. Placé dans un centre fermé, il résiste aux interventions de l'éducateur Gilles (Claude Legault). L'adulte cherche irrémédiablement à percer la colère de l'enfant, remettant presque en doute sa vocation. Il ne se décourage pourtant pas, tentant d'en savoir plus sur son parcours et sa relation avec ses parents.

2010 a commencé en force avec Les sept jours du Talion qui faisait découvrir le metteur en scène Podz dans un contexte cinématographique. Le revoilà déjà de retour, cultivant un style qui lui est propre, et qui passe par un traitement sans concession d'un sujet fort, le goût de faire réagir, mais jamais gratuitement, l'absence totale de musique, et la présence de Martin Dubreuil (le violeur et tuer des mots de Patrick Senécal) dans un rôle détestable.

Bien que la maturité était déjà au rendez-vous sur son précédent effort, la voilà renouvelée, atteignant de nouveaux sommets. Notamment au sein de l'introduction et de la conclusion qui ne s'enlisent plus. À l'instar de À l'origine d'un cri de Robin Aubert, le tout débute dans le feu de l'action pour créer un drame prenant, quasi infernal. Détestable au plus haut point, Tommy devient de plus en plus humain et surtout enfant, obligeant le spectateur à réévaluer son propre jugement sur lui.

Le long-métrage épouse son regard et ce qui en ressort n'est pas toujours beau. Il y a de la violence et un manque d'amour chronique qui se répercute dans ses gestes et ses paroles. Son parcours n'est heureusement pas seulement noir ou cynique, étant transcendé par quelques éclaircies salvatrices. Dans le difficile et délicat rôle-titre, Robert Naylor s'avère rien de moins qu'une révélation, jouant généralement juste alors qu'il aurait été si facile de trop en faire.

Le monde des adultes n'est pas pour autant épargné, bien au contraire. Les gens se regroupent et discutent à savoir quoi faire avec ces enfants en difficulté dont plusieurs sont sur les médicaments. Il est pourtant si aisé de lancer l'éponge face à un emploi si drainant. Figure noble qui tente de ne pas douter du genre humain, Claude Legault trouve enfin le grand rôle qu'il attendait depuis des lustres, maniant la subtilité avec beaucoup d'aisance. L'intelligence du réalisateur est d'être allé chercher un très bon acteur populaire et de l'entourer de comédiens aussi excellents qu'inconnus. De quoi connaître de nouvelles têtes de l'union des artistes, dont la lumineuse Eugénie Beaudry qui a déjà fait tourné les regards dans le Demain de Maxime Giroux.

Le rendu vidéo est volontairement gris et naturaliste, avec des couleurs précises, mais sans éclat, et des contrastes légèrement imparfaits. C'est toutefois suffisamment rugueux pour donner l'impression qu'on se retrouve dans un documentaire. L'absence totale de musique est un autre choix audacieux. La piste sonore francophone en Dolby Digital 5.1 fait ressortir des enceintes des cris, du vent et de la pluie. Les voix compréhensibles peuvent être secondées par d'assez visibles sous-titres blancs en anglais et en français.

La pochette a beaucoup de classe. Elle est en noir, en blanc, en gris et en rouge, représentant le visage des deux personnages principaux. Le menu principal du DVD se concentre sur la frimousse de Robert Naylor. Rien ne bouge, mais un délicat air instrument se fait entendre. Aucun supplément n'est malheureusement disponible.

Rompant avec l'esthétisme léché de Les sept jours du Talion "10 ½" embrasse plutôt un réalisme dur, sauvage, et essentiel. Et dire que ce scénario si riche et profond dans sa démonstration d'un milieu pas comme les autres provient du même scénariste que les affreux Les 3 P'tits Cochons et Filière 13. Alors que tous les regards sont portés sur Xavier Dolan comme porte-étendard du futur du cinéma québécois, il ne faudrait pas oublier Podz qui vient d'offrir un deuxième essai formidable, important par les thèmes chauds qu'il aborde.


Cotes

Film8
Présentation5
Suppléments-
Vidéo7
Audio7