1981
Alliance Vivafilm

Réalisateur: Ricardo Trogi
Année: 2009
Classification: PG
Durée: 102 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51)
Sous-titres: Français, Anglais
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 065935831556

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
14 décembre 2009

Après avoir traité du mâle québécois dans le désopilant Québec-Montréal et le beaucoup plus ordinaire Horloge biologique, Ricardo Trogi décide de parler de son enfance dans le tendre et gentil "1981".

11 ans est l'âge de tous les dangers. Surtout lorsqu'un enfant arrive dans un nouveau milieu. Au lieu de tout faire pour obtenir les meilleurs résultats scolaires possibles, il préfère rester tranquille, tentant de se faire de nouveaux amis et, pourquoi pas, une amoureuse. C'est ce qui arrive au jeune Ricardo Trogi (Jean-Carl Boucher) qui vient à peine de débarquer à Québec. Même si le contexte de la crise économique est difficile et que le paiement de la maison donne beaucoup de soucis à papa (Claudio Colangelo) et à maman (Sandrine Bisson), cela n'empêche pas fiston d'exiger tout ce qui lui passe par la tête, n'hésitant pas à multiplier les mensonges pour se sortir du pétrin.

Le film nostalgique a la cote et après les années 1960 et 1970, c'est au tour de la décennie du gel et des couleurs fluo de renaître sur les écrans de cinéma. Ce retour dans le temps, accentué par un style vestimentaire marquant, la présence de nombreuses marques et quelques superbes tubes dansants (OMD!), s'adresse d'abord et avant tout aux trentenaires qui se reconnaîtront instantanément. Il est question d'honneur et de premières fois, de quête identitaire et de maladresses de jeunes adolescents: des thèmes universels - surtout lorsqu'il est question de problèmes financiers - qui prennent la couleur d'une époque ringarde.

Le récit rappelle également les longs-métrages des Contes pour tous popularisés pendant ces moments particuliers du cinéma québécois. Le héros, aussi charismatique que détestable, n'est pas fondamentalement méchant, mais il n'arrête pas de se mettre dans le trouble, ce qui renvoi au protagoniste de C'est pas moi, je le jure et à celui de Un été sans point ni coup sûr. C'est justement dans ce titre de Francis Leclerc qu'a été découvert Jean-Carl Boucher, qui offre un jeu naturel et décontracté, en phase avec son personnage, et dont la narration est assurée par le cinéaste lui-même. Autour de lui, que des comédiens inconnus, qui surprennent par la justesse de leur ton, de l'intériorisé Claudio Colangelo à l'émouvante Sandrine Bisson.

Fidèle à ses habitudes, Ricardo Trogi offre une mise en scène vivante et colorée, rythmée sans être trop tape-à-l'œil, avec sa douce fantaisie (il y a des réminiscences humoristiques des nazis pendant la Seconde Guerre mondiale!) qui ne déborde jamais du cadre réaliste. La fraîcheur de ses thèmes, d'une mignonnerie inouïe (mais pas autant que celle de Histoire d'hiver), laisse graduellement la place à des moments plus dramatiques, un mélange dont le ciment ne convainc pas totalement. Surtout avec l'apport de symboles et de métaphores plus évidents et appuyés, dont les éternels liens avec Le petit prince.

L'époque colorée prend vie grâce à une habile direction artistique. Les images précises manquent parfois de piquant, ce qui résulte en des couleurs fidèles, mais un peu trop neutres, des contrastes éloquents, quoique imparfaits, et du blocage qui peut apparaître en quelques occasions. L'utilisation d'une pellicule en noir et blanc est toutefois savoureuse et bien appliquée. La piste sonore francophone en Dolby Digital 5.1 demeure convenable, avec ces chants d'oiseaux, ces sonnettes et ces cris d'enfants qui s'évadent des différentes enceintes. Les dialogues toujours clairs et compréhensibles peuvent être accompagnés d'assez visibles sous-titres blancs en anglais ou en français. La musique instrumentale porte l'émotion, avant de faire déferler les souvenirs par l'entremise de mélodies rythmées et pleinement reconnaissables.

La très jolie pochette blanche montre deux popsicles de couleurs différentes qui forment un 11, l'âge du jeune protagoniste. Le menu principal du DVD reprend ce concept statique en y superposant une agréable symphonie. Les suppléments proposent la traditionnelle bande-annonce, une série de photographies (de la famille du réalisateur, du plateau de tournage, quelques scènes du récit et de la première) défilant automatiquement sur de petites musiques sympathiques, ainsi qu'une piste de commentaires. Sur un ton simple et très authentique, Ricardo Trogi parle de son essai, donnant ses impressions sur l'époque, les choix esthétiques et l'apport des comédiens. Des propos rafraîchissants à une époque où les artistes ont souvent la grosse tête.

Agréable sans être toujours très original, habilement interprété et réalisé sans nécessairement crier au génie, "1981" est une œuvre qui fait du bien, offrant un peu plus que le traditionnel divertissement usager où l'enfant devient peu à peu adulte. De quoi racheter le décevant Horloge biologique, mais on est encore loin de la surprise du champ gauche qu'était Québec-Montréal.


Cotes

Film6
Présentation5
Suppléments5
Vidéo7
Audio7