5150, rue des Ormes
Alliance Vivafilm

Réalisateur: Éric Tessier
Année: 2009
Classification: 18A
Durée: 110 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 065935833482

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
30 janvier 2010

Après le mitigé Sur le seuil, Éric Tessier décide de transposer à l'écran un nouveau roman de Patrick Senécal. Sans nécessairement aller toujours en profondeur dans ses personnages qui vivent des dilemmes moraux tordus, "5150, rue des Ormes" laisse une bien meilleure impression que son prédécesseur.

Yannick (Marc-André Grondin) vient de déménager. Étudiant en cinéma, il aime bien filmer ce qui s'offre à lui. Un jour, sa bicyclette s'écrase lourdement sur le sol, le laissant avec des ecchymoses. En voulant téléphoner à un taxi, il aboutit chez les Beaulieu, une famille en apparence normale qui cache plusieurs secrets. Après avoir vu ce qu'il ne devait pas voir, le paternel (Normand D'Amour) décide de le séquestrer. La seule façon de sortir de là est de le battre aux échecs! Malgré ses tentatives de fuite, le jeune homme se rend à l'évidence: ce n'est ni la mère attentionnée et religieuse (Sonia Vachon), ni Michèle l'adolescente rebelle (Mylène St-Sauveur) et encore moins la petite fille bizarre d'âgée de six ans qui pourront le sortir de là...

C'est la folie Patrick Senécal! L'adaptation cinématographique de Les 7 jours du Talion prend l'affiche ces jours-ci (et elle est excellente!), alors que Le vide est en chantier, et les deux projets porteront porter la griffe de Podz. En attendant, le Stephen King québécois refait équipe avec son complice de Sur le seuil Éric Tessier pour accoucher d'une nouvelle vision de son premier bouquin. Les amants de la version littéraire seront étonnés par tous ces changements. Le passé du personnage de Yannick a un peu plus d'étoffe, il y a quelques raccourcis et plusieurs modifications qui tiennent étonnamment bien la route. Et il y a ces absences remarquées, comme les séances d'écriture qui permettaient de mieux saisir la déroute de la mère, et pratiquement tous les sous-entendus sexuels entre le héros et Michèle.

Des contraintes qui s'expliquent par le changement de médium. Est-ce que ces nouveaux choix seront heureux pour tous? Peut-être pas. Si la connotation religieuse est heureusement moins présente, l'hémoglobine, les scènes de terreur et de frissons se font rares. Surtout que les dialogues peuvent paraître ampoulés dans leur façon d'expliquer les détails importants et que la progression psychologique ne s'avère pas toujours crédible.

Cela n'enlève toutefois rien aux propos, sorte de joute entre le Bien et le Mal où la Justice prend un drôle de sens, qui sont filmés avec panache par un cinéaste beaucoup plus en contrôle que lors de ses précédents projets présentés au cinéma (dont le douteux Vendus). Il cherche à entrer dans la tête de son protagoniste, offrant aux passages quelques délicieuses scènes oniriques. Sa façon de passer du coq à l'âne, de la tranquillité banale à l'effusion de violence, ne manque surtout pas d'humour noir. À tel point qu'il est presque possible de rire pendant tout le long-métrage sans se sentir trop coupable devant le grotesque de certaines situations.

C'est cependant la distribution qui élève le tout au-dessus de l'ordinaire suspense de série B. Normand D'Amour prouve encore une fois qu'il est des plus grands comédiens de la Belle Province et il embrase un être complexe et illuminé avec une telle facilité que cela en devient étrange. Face à lui, Marc-André Grondin n'a qu'à bien se tenir, et il arrive à ne pas trop se faire éclipser devant son partenaire de jeu. Volcan prêt à exploser, Mylène St-Sauveur montre les crocs en mettant sa féminité à l'avant-plan, alors que Sonia Vachon n'aura jamais été aussi touchante qu'en femme qui baisse continuellement la tête. Enfin quelqu'un qui a osé lui donner autre chose que de la comédie!

La musique propose du Malajube, des airs plus lourds et du piano menaçant qui sait tenir en haleine. Bien que la piste sonore francophone en Dolby Digital 5.1 aurait pu être plus immersive, il y a beaucoup de bruits (verre brisé, échos de voix, cris d'oiseaux, vent, neige...) qui s'échappe des enceintes aux moments propices. Dans tous les cas les dialogues demeurent clairs et précis, et de très visibles sous-titres blancs sont disponibles en anglais. Les images sont transpercées d'un peu de grain et de contrastes parfois trop sombres, mais également de couleurs justes et d'étonnantes teintes donnant une dimension encore plus trouble à l'ensemble. Dans la pénombre, le souci apporté aux détails étonne.

La magnifique pochette montre le jeune protagoniste ouvrir une porte. Sur le côté sombre et noir figurent une horde de symboles et de codes reliés aux échecs. Le menu principal du DVD est encore plus impressionnant. Une voix plaintive annonce une chambre close et sans fenêtre, des sons bizarres, une lampe qui bouge, un cœur qui bat, etc. De quoi intriguer en moins de quelques secondes. En plus d'une bande-annonce, les suppléments regroupent une galerie de photographies déroulant automatiquement, de courtes entrevues à la caméra subjective en compagnie des acteurs qui s'expliquent sur les thèmes et leurs personnages, ainsi que le court-métrage "Mon nom est Victor Gazon" de Patrick Gazé qui s'intéresse aux réflexions morbides d'un jeune garçon qui s'intéresse au suicide. Un objet très étrange qui contraste avec l'œuvre en place.

Sorte de Misery québécois en plus survolté, "5150, rue des Ormes" pénètre avec beaucoup plus d'impact dans la psyché de Patrick Senécal que le précédent Sur le seuil. Le résultat est loin de laisser autant de souvenirs que le roman, et quelques coins ronds ressortent de ce scénario signé par l'auteur et de ces personnages un peu trop bidimensionnels, sauf que l'interprétation et l'humour font passer un bon moment de cinéma.


Cotes

Film6
Présentation8
Suppléments4
Vidéo7
Audio7