L'âge des ténèbres
Alliance Vivafilm

Réalisateur: Denys Arcand
Année: 2007
Classification: 14A
Durée: 108 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
14 juillet 2008

Le film québécois le plus discuté et attendu de l'année 2007, "L'âge des ténèbres", arrive en format DVD après être sorti au Festival de Cannes, en France et même dans un lieu obscur de l'Ouest canadien. Les rumeurs envers le dernier opus de Denys Arcand sont terribles. Après la saga de Cannes 2007 et les critiques massacrantes dans l'Hexagone, il y a peu d'échos positifs qui en ressortent. Depuis les succès mondiaux du Déclin de l'empire américain et, surtout, des Invasions barbares, les attentes sont toujours démesurées envers un nouveau long-métrage du réalisateur de Gina. Malgré son titre qui laisse encore une fois peu de place à l'imagination, "L'âge des ténèbres" se situe plutôt du côté de Stardom pour sa charge contre les médias. Mineur, mais pas désagréable.

Jean-Marc Leblanc (Marc Labrèche) est un petit fonctionnaire qui s'ennuie terriblement auprès de sa femme (Sylvie Léonard) et de ses enfants. C'est pourquoi il s'évade souvent dans ses rêves, des fantasmes où il est le meilleur et où les femmes ne peuvent lui résister. Un jour, lorsque sa tendre moitié le quitte pour Toronto, il devra réorganiser sa vie autrement...

Ce nouvel essai suit à la trace les obsessions de son auteur qui n'hésite pas à critiquer le système, les accommodements raisonnables, le rôle des médias, le carriérisme, les nouvelles technologies qui coupent les gens de leurs proches, etc. Comme toujours, tout le monde goûtera à cette médecine qui plaira davantage à un public québécois que français. Pour la subtilité, il faudra repasser.

C'est lorsqu'il est bien ancré dans le présent que "L'âge des ténèbres" s'avère le plus intéressant. Le quotidien est morose, l'humour y est cynique et les gags ne manquent pas de piquants. Comme d'habitude, Arcand ne prend pas de gants blancs et il pourra facilement se faire traiter de raciste et de sexiste. En effet, les rôles des minorités visibles et des femmes sont joyeusement caricaturaux. Peut-être que son objectif est de réellement savoir si le public va rire ou non de ces éléments parfois douteux...

Une fois dans l'imaginaire, le cinéaste s'en sort avec des hauts et des bas. Il réalise des rêves d'enfants, comme ce coup de sabre à la Tarantino et ces envolées musicales. Il y va sans doute trop longtemps, rajoutant artificiellement de la durée de vie, perdant tout intérêt dans une très longue séquence médiévale ni très drôle ni très intéressante. Étrangement, à partir de là, son film s'aplatit presque complètement et il ne semble jamais vouloir se terminer. Après des détours incroyablement moralisateurs, Jean-Marc trouvera un peu de quiétude. Mais les moyens pour arriver laissent terriblement à désirer.

Contrairement aux Invasions barbares, au Déclin de l'empire américain et même à Jésus de Montréal, "L'âge des ténèbres" a semblé préférer soigner davantage sa distribution que son scénario et même ses répliques cultes. Ainsi, les noms connus se comptent par dizaines. Malheureusement, avec une œuvre de moins de deux heures, ces figures n'apparaîtront presque pas et leurs personnages demeureront en une seule dimension. Il y a néanmoins plusieurs apparitions assez réussies, dont les plus géniales sont les deux scènes où Pierre Curzi campe pour la troisième fois le bon vieux Pierre qui se cherche dans une société qui ne veut plus de lui. Heureusement, devant tant de détours pas toujours nécessaires, Marc Labrèche demeure égal à lui-même, sourires en coin et réparties en prime.

L'intéressante photographie offre de beaux moments rêveurs. Les images sont solides, les couleurs demeurent précises et les teintes s'avèrent généralement réalistes. Sans doute que le blocage se veut parfois envahissant, mais il n'y a rien pour nuire à l'opacité des contrastes et la jolie définition des contours. La musique classique est dans les tons des précédentes œuvres de son scénariste. Des bruits plus stressants peuvent apparaître afin de créer une légère tension. Les pistes sonores francophones utilisent les enceintes afin de faire ressortir quelques notes musicales, des applaudissements ou des sons de véhicules. Les voix, toujours audibles, peuvent être accompagnées de très visibles sous-titres blancs en français et en anglais.

La pochette maculée de blanc montre le principal protagoniste regarder au ciel. Le menu principal du DVD reprend le visage de Marc Labrèche en y superposant un montage délicat de séquences et une mélodie instrumentale. Conventionnalisme, lorsque tu es présent... Les suppléments sont heureusement en bon nombre. Il y a tout d'abord deux versions du film: celle qui a été présentée en France et l'autre au Québec. Si le montage n'est pas totalement le même, les différences ne sont pas considérables. Il y a ensuite une série de scènes retranchées parfois drôles ou tristes. Elles n'amènent cependant presque rien au récit final. Entre la bande-annonce mouvementée présentée dans la Belle Province et celle, beaucoup plus classique, offerte dans l'Hexagone, il n'est pas difficile de lui préférer la première. Une longue séance de questions en direct du Festival du Nouveau Cinéma de 2007 permet à Denys Arcand de rigoler en parlant de ses œuvres et de son dernier opus qui n'a pas été aimé de tous. Le premier disque se termine par un délicat court-métrage de Kevin Papatie sur l'assimilation des Algonquiens vivant au Canada. Le second DVD présente une version "internationale" du film, ainsi qu'une leçon de scénario. N'était-ce pas la même que le cinéaste a offert au Rendez-vous du cinéma québécois et où il a refusé l'accès à une journaliste de la presse écrite? N'empêche que ce segment, sympathique et éclairant, permet d'en savoir davantage sur le metteur en scène le plus connu du Québec.

Généralement comique et stéréotypé, parfois triste et attendrissant, ce nouveau récit de Denys Arcand ne sait pas toujours sur quel pied danser. Surtout que pour palier la faible histoire, le recours à l'imaginaire se veut parfois un peu insistant. Malgré ses terribles critiques, "L'âge des ténèbres" n'est pas le navet annoncé. Le rire est abondant et Marc Labrèche sauve souvent des moments de l'insignifiance. Avec un tel réalisateur derrière la caméra, les cinéphiles s'attendaient seulement à quelque chose de moins léger et de moins superficiel. Une autre preuve que les attentes sont les pires ennemis des spectateurs.


Cotes

Film6
Présentation5
Suppléments7
Vidéo8
Audio7