À l'origine d'un cri
TVA Films

Réalisateur: Robin Aubert
Année: 2010
Classification: 13+ (QC)
Durée: 114 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 824255006903

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
31 mars 2011

Grosse claque au visage, "À l'origine d'un cri" de Robin Aubert interroge le sens de la vie et de la mort à travers des personnages en pleine ébullition. Pour un cinéma québécois à la fois différent et accessible à tous et à toutes. Dommage que le film a pris l'affiche à peu près en même temps que Incendies, le privant du coup de spectateurs précieux.

La famille est source de la majorité des maux et de la plupart des remèdes. C'est ce qu'apprend à ses dépens un fils turbulent (Patrick Hivon) qui est obligé de prendre la route en compagnie de son grand-père malcommode (Jean Lapointe) afin de retrouver son père (Michel Barrette) éploré de la mort de sa femme. Le chemin sera long jusqu'à la réconciliation... si jamais elle arrive réellement.

"À l'origine d'un cri" débute par une scène insoutenable d'un homme qui obtient des services sexuels de la part d'un enfant. Bien que l'image voilée montre un aquarium, le son ne laisse aucune place à l'imagination. Le ton est lancé: le film ne fera pas dans la dentelle, et il explora les peurs et les obsessions de trois générations d'hommes qui préfèrent bien souvent boire plutôt que d'exprimer leurs émotions. Une thématique vieille comme le monde qui ne ménage pas les clichés d'usage, mais qui s'avère d'une authenticité trouble chez Robin Aubert qui a puisé dans son passé pour offrir son œuvre la plus accomplie à ce jour après Saints-Martyrs-des-Damnés et À quelle heure le train pour nulle part.

Le récit se développe en deux axes, de valeur inégale. Il y a l'intrigue de Michel Barrette, d'une morbidité poétique, qui décide de faire l'impensable par amour et pour éviter de souffrir. L'humoriste rappelle qu'il est un excellent comédien, et il s'avère ici impressionnant par sa dévotion et sa retenue. Sa route ne croisera que (trop) tardivement celle de ses autres comparses. Probablement la révélation de l'ouvrage, Patrick Hivon fait oublier les carences de son personnage autodestructeur en offrant un intense jeu physique. À ses côtés se trouve Jean Lapointe (lauréat du prix du meilleur acteur dans un rôle de soutien au gala des Jutra) qui ressemble parfois à une gentille caricature de lui-même, sacrant et usant de l'humour pour faire avaler une pilule d'amertume et de mélancolie.

Devant l'odyssée presque mythologique du père, le trajet du fils et du grand-père ressemble parfois davantage à une simple ballade en auto. Le cinéaste passe par la demeure familiale pour montrer ces femmes castratrices sans lésiner sur les stéréotypes. Il a cependant eu l'intelligence de ne pas s'y attarder trop longtemps. Puis il étire un peu longuement son périple, utilisant des moyens beaucoup trop faciles et évidents (par l'entremise d'une tireuse de cartes par exemple) pour faire recouper les différentes tranches de destins. La conclusion forte en émotions rachète heureusement ces quelques faux pas, faisant réagir malgré son côté moralisateur.

Les images généralement sombres utilisent un bon niveau de détails, notamment dans leur façon de recourir aux couleurs froides, aux teintes plus éclatantes et aux contrastes suffisamment opaques. La musique variée campe parfaitement l'atmosphère. La piste sonore en Dolby Digital 5.1 est bien soutenue par des bourrasques de vent, des bruits de criquets et des vagues de la marrée. Les voix sont généralement claires et il y a de très visibles sous-titres blancs afin de rejoindre un plus large public.

La pochette séparée en trois espaces-temps montre l'ambiance d'un repas, une voiture qui brûle et un combat inégal. Le menu principal du DVD opte plutôt pour un montage de scènes qui défile sur une délicate mélodie à la guitare. Les suppléments comprennent une bande-annonce, des séquences supprimées un peu superflues et un court-métrage de deux minutes qui se veut un hommage aux opus de Gille Carle.

À l'image du récent et bouleversant Trois temps après la mort d'Anna de Catherine Martin, "À l'origine d'un cri" aborde le deuil en se concentrant sur les individus qui doivent parfois côtoyer des fantômes pour s'en sortir vivant. Il s'agit surtout d'un portrait éclatant de son auteur: peu importe la manière un peu gauche qu'il raconte son récit, Robin Aubert y insuffle une grande part de lui-même, livrant un écueil de coeur qui peut compter sur de très bons comédiens pour faire toute la différence.


Cotes

Film7
Présentation6
Suppléments3
Vidéo7
Audio7