L'amour au temps de la guerre civile
Les Films du 3 mars

Réalisateur: Rodrigue Jean
Année: 2014
Classification: 16+ (QC)
Durée: 120 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 1
Nombre de disques: 1 (DVD-5)
Code barres (CUP): 777078601810

Ce DVD est disponible chez:

Selon Martin Gignac
21 août 2015

Après de très beaux films en milieu ruraux comme son excellent Lost Song, Rodrigue Jean s'intéresse depuis quelques longs-métrages à l'urbanité. Dans la continuité de son magnifique Hommes à louer et de son projet Épopée, place au troublant "L'amour au temps de la guerre civile".

Le quotidien de marginaux et sans-abri d'un quartier pauvre de Montréal qui vendent de la drogue et leur corps pour survivre, se faire un peu d'argent et se sentir désirer. On y suit notamment Alex (Alexandre Landry) qui aime malgré le rouleau implacable d'une société qui détourne ses yeux en le voyant.

"L'amour au temps de la guerre civile" est un projet particulier qui ne plaira pas à tous. Avec ses scènes chocs à forte tension sexuelle, sa description de milieux difficiles et son manque chronique d'espoir (du moins, en apparence), il s'agit d'un voyage au bout de la nuit particulièrement essoufflant, où les répétitions finiront par anéantir le cinéphile qui s'attend à une histoire conventionnelle. Il y a pourtant matière à être fasciné par ce récit un peu long qui est magnifiquement réalisé par un cinéaste en pleine possession de ses moyens, qui sait filmer et surtout montrer la beauté là où certains n'y verront que de la laideur. Sa caméra attentive passe du simple regard documentaire objectif à une subjectivité salvatrice, ne faisant qu'un avec ses personnages attachants. Remarqué dans Gabrielle, Alexandre Landry est encore une fois bouleversant en homme qui joue au lieu d'incarner.

L'univers gris est bien rendu par une image précise et abstraite à la fois, où émane une palette de couleurs sobres qui semblent dénaturées de vie. Les teintes sont précises et les contrastes très sombres, ce qui donne l'impression que la noirceur aura sans cesse le dernier mot sur les âmes. La musique est rare mais elle fait son effet de bulldozer, s'apparentant à une drille qui défonce les tympans où à un tube de discothèque qui agit comme un pansement sur les plaies. Les voix sont audibles malgré quelques expressions plus particulières et le public anglophone pourra insérer un second DVD pour obtenir les visibles sous-titres blancs à leur effet.

La pochette blanche et rouge montre une figure grecque masculine qui regarde le vide à ses pieds. Aucun menu principal ou supplément ne se retrouve sur cette édition, ce qui peut être un peu déstabilisant à priori. De quoi tomber directement dans l'action...

"L'amour au temps de la guerre civile" est une expérience hors norme qui oblige le spectateur à ouvrir les yeux et qui donne enfin la parole à des êtres qui ne peuvent jamais la prendre. Sans être totalement au point, l'effort captive amplement et il se termine d'une brillante façon, sans jamais moraliser ou verser dans le sensationnalisme. Il en faudrait davantage des essais de ce genre qui fonce dans les murs au lieu d'emprunter la porte.


Cotes

Film7
Présentation5
Suppléments-
Vidéo7
Audio7