Le baiser du barbu
Alliance Vivafilm / Go Films

Réalisateur: Yves Pelletier
Année: 2010
Classification: PG
Durée: 100 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 065935840800

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
11 novembre 2010

Presque aussi mignon et rafraîchissant que son précédent Les aimants, Yves Pelletier fait de "Le baiser du barbu" une nouvelle romance irrésistible qui porte sur les difficultés de vivre à deux et d'évoluer au sein du couple.

Benoit (David Savard) joue dans une pièce de théâtre. Pour être plus à l'aise dans son personnage, il décide de se faire pousser la barbe. Sa copine Vicky (Isabelle Blais) désenchante rapidement devant la multiplication de ses poils. À tel point que son rejet se matérialise physiquement par des allergies multiples. Depuis ce cheveu dans l'engrenage, tout déraille entre les deux amoureux, qui s'éloignent de plus en plus, renouant progressivement avec ce qu'ils avaient préalablement abandonné.

Contrairement à un Guy A. Lepage qui n'a jamais usé de subtilité dans la réalisation de sa "vue" Camping Sauvage, l'ex RBO Yves Pelletier a toujours pris soin de développer ses univers singuliers avec authenticité. Il y a quelques années par l'entremise du très gentil Les aimants, et puis maintenant avec le très charmant "Le baiser du barbu". Malgré sa prémisse excentrique qui peut rappeler celle du supérieur "La moustache" (mettre un lien vers mon article) d'Emmanuel Carrère, son intrigue demeure ancrée dans le réalisme, avec cet amour qui doit absolument s'entretenir face au sablier du temps, ces corps qui changent et ces idéaux qui disparaissent, balayés sous le plancher de la performance et de la réussite sociale, qui passent trop souvent par le travail et la maison.

Ce n'est donc pas surprenant que les deux personnages principaux, quelques fois dessinés au gros crayon gras, empruntent des chemins diamétralement opposés. Celui de Vicky qui cherche à tout contrôler dans ses rêves de superficialité et qui, ultimement, revient à ses premiers amours d'écriture. Et celui de Benoit, un grand enfant qui ne ferait pas de mal à une mouche et qui ne se soucie guère de l'argent, allant même à prendre un sans-abri sous son aile. Cette dichotomie manque parfois de nuance, mais elle fonctionne grâce à la chimie des protagonistes qui vont terriblement bien ensemble. Une belle distribution les entoure, finissant même par leur voler momentanément la vedette, comme Alexis Martin en psy bien particulier, Ricardo Trogi en frère sans manière du protagoniste et Louis-José Houde qui se plait à extrapoler sur le septième art. Dommage que les stéréotypes ne soient pas totalement évacués, apparaissant chez les amis bien attentionnés de madame, où Hélène Bourgeois-Leclerc et Pierre-François Legendre n'ont pas beaucoup de latitude pour bien faire.

Soignant sa mise en scène, jouant avec les styles cinématographiques comme un poisson dans l'eau, Yves Pelletier prend soin d'explorer son art, y allant de quelques mises en abyme entre la vie et le jeu. Il aurait pu éviter le lourd caméo de son ancien groupe humoriste, sauf qu'il ne cherche jamais à en faire trop, développant un rythme qui sied parfaitement aux situations, entretenant un humour fin qui passe par des dialogues justes et des personnages sincères, crédibles dans leur désarrois de tous les jours.

La musique de Mathieu Vanasse, Jean Massicotte et Alexandre Désilets apporte une touche de fraîcheur au récit. La piste sonore francophone en Dolby Digital 5.1 est subtile, mais efficace dans sa façon de faire ressortir des enceintes des bruits d'applaudissements, d'alarmes et de pluie. Les voix sont généralement claires, et il y a d'assez visibles sous-titres blancs en anglais et en français en cas de nécessité. Le soin apporté aux images n'est pas aussi appréciable. Les couleurs correctes manquent de tonus, les contrastes sont un peu sombres et du blocage peut apparaître à l'occasion. Comme si la réalité était stylisée, ce qui ne donne pas toujours justice aux détails.

L'agréable pochette montre un langoureux baiser entre les deux amoureux. Le menu principal du DVD reprend cette figure de corps qui se frôlent en l'accompagnant d'une douce mélodie. La plupart des suppléments sont oubliables. C'est le cas de cette galerie de photos, de ce segment statique sur les accessoires (de fausses cartes de hockey, des journaux, etc.), d'unique scène supprimée qui évoque un mauvais rêve du personnage de David Savard et de ce mot du cinéaste qui est constamment dans la superficialité. Une jubilatoire piste de commentaires d'Yves Pelletier et de sa première assistante Émilie Malo rachète heureusement le tout. Les comparses multiplient les anecdotes avec une bonne humeur communicative, divertissant à outrance grâce à leurs remarques savoureuses.

Un poil inférieur à Les aimants, "Le baiser du barbu" demeure néanmoins une très bonne comédie qui plaira à un large public. Comme quoi il y a des vertus à être si sympathique.


Cotes

Film7
Présentation5
Suppléments6
Vidéo6
Audio7