Bingo
Portrait du cinéma québécois
Les Films Séville Pictures

Réalisateur: Jean-Claude Lord
Année: 1974
Classification: 14A
Durée: 114 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Non
Langue: Français (DDST)
Sous-titres: Anglais (brûles dans l'image)
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Ostiguy
4 septembre 2006

"Bingo" de Jean-Claude Lord commence par l'avertissement d'usage qui prétend que tous les événements et les personnages dont il est question dans le film sont purement fictifs et que leur ressemblance avec des faits et des gens réels n'est que le fruit du hasard. On sait bien que ce genre d'avertissement est souvent faux et ne sert qu'à s'éviter d'éventuelles poursuites. Dans ce cas-ci, bien qu'il ne soit jamais question des événements d'octobre 70, il est clair que le film s'en est grandement inspiré. Un groupe de terroristes enlève des hommes d'affaires, principaux lieutenants du parti au pouvoir quelques jours avant le début de la campagne électorale. Le film suit le destin de François et de Geneviève, deux jeunes idéalistes qui seront les innocentes victimes de tractations politiques.

Certainement le premier thriller politique de l'histoire du cinéma québécois, "Bingo" fut à son époque un film coup de poing. Jean-Claude Lord est alors un jeune cinéaste engagé. Il est de plus un visionnaire. Les thèmes qu'il affectionne sont nouveaux pour l'époque et encore d'actualité aujourd'hui. Il tournera, entre autres, au cours des années 1970, un film sur l'environnement (Panique), puis un sur le monde corrompu du spectacle (Parlez-nous d'amour, un véritable chef d'œuvre scénarisé par Michel Tremblay). J'ignore d'ailleurs si ces films seront bientôt disponibles sur DVD. Il le faudrait bien, voilà un marché qui mériterait d'être développé. Mais je reviendrai sur cet aspect plus loin.

"Bingo", disons-le d'entrée de jeu est un excellent film. Oublions les moyens de l'époque, et concentrons-nous sur le scénario et le jeu parfait des comédiens. François (Réjean Guénette, qui n'a pas connu la carrière qu'il aurait méritée) est un jeune photographe en herbe. Avec sa blonde, la douce Geneviève (Anne-Marie Provencher, très touchante), il mène une existence tranquille. Le générique d'ouverture du film nous présente d'ailleurs des scènes amusantes, nous montrant combien François et Geneviève étaient insouciants et heureux avant les événements que le film s'apprête à raconter. Il est impossible d'oublier l'image de Anne-Marie Provencher marchant pieds nus sur des pierres tombales dans un cimetière, surtout lorsque l'on connaît la fin du film. La musique de Michel Comte est d'ailleurs tout simplement géniale. Lise Thouin interprète merveilleusement bien la chanson thème du film.

Le père de François (Jean Duceppe, l'un des meilleurs comédiens que le Québec ait connu et qui le prouve ici une fois de plus) perd son emploi à cause d'une grève. Cet événement amène François à fréquenter les amis syndicalistes de son père, dont certains sont liés avec un groupe terroriste que l'on présume être de gauche. Ce groupuscule est dirigé par le mystérieux Pierre (Gilles Pelletier, glaçant!) . François commence par rendre de petits services au groupe, mais bientôt, il devient de plus en plus impliqué, convaincu qu'il se bat pour une bonne cause. C'est ainsi qu'il participe à l'enlèvement d'amis du gouvernement, puis à la pose de bombes. Mais ni François, ni ses amis (Louisette Dussault, Claude Michaud, tous deux très bons) ne se rendent compte que leurs agissements viennent en aide au chef de l'opposition officielle qui traînait de la patte dans les sondages, perdant des points au profit du tiers parti indépendantiste. François réalise à la toute fin du film qu'il ne fut qu'un jouet aux mains de l'ordre établi, mais il est trop tard.

Le film est également l'occasion de revoir de très bons comédiens, malheureusement disparus aujourd'hui. Roger Lebel joue une fois de plus un politicien corrompu et il le fait très bien. Manda Parent est également parfaite dans le rôle ingrat de la grand-mère de François, qui jouera sans le vouloir un rôle clé dans le destin tragique des jeunes gens. Artiste de variété, Manda Parent connut la gloire sur scène avec Rose Ouellette et Juliette Pétrie. Lord lui donne un second souffle en l'employant dans tous les films qu'il réalise à cette époque, faisant d'elle sa comédienne fétiche.

Il est primordial que les films québécois des années 1970 soient disponibles sur DVD. Les films d'André Brassard, de Denys Arcand, de Jean-Claude Lord, de Francis Mankiewicz, pour ne nommer que ces cinéastes, sont des œuvres très importantes dans l'histoire de notre cinéma et elles devraient être offertes au plus grand nombre. Par contre, je souhaiterais que cela se fasse dans de meilleures conditions. "Bingo" nous est offert sans aucun supplément, alors que plusieurs de ses artisans sont toujours en vie et qu'une série d'entrevues aurait été d'un grand intérêt. On aurait pu également nous présenter des réactions de critiques et de chroniqueurs lors de la sortie du film. Je crois que l'industrie du DVD québécois pourrait s'inspirer de ce qui se fait ailleurs dans le monde pour nous présenter des produits de la meilleure qualité possible.

Malgré ces réserves sur la présentation du produit, je recommande chaudement l'acquisition de ce film de Jean-Claude Lord, un thriller politique d'une efficacité redoutable qui vous passionnera et vous touchera certainement!


Cotes

Film9
Présentation5
Suppléments-
Vidéo7
Audio6