Bluff
Les Films Séville Pictures

Réalisateurs: Simon-Olivier Fecteau, Marc-André Lavoie
Année: 2007
Classification: G
Durée: 88 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
26 janvier 2008

Réalisé avec les moyens du bord sans avoir recours au moindre financement gouvernemental, "Bluff" a néanmoins réussi un tour de force en réunissant une distribution fort alléchante. Sans être totalement comique, profond ou même cinématographique, le projet de Marc-André Lavoie et de Simon Olivier Fecteau s'avère nettement plus réussi que les Nitro, Ma Tante Aline et Les 3 P'tits cochons qui l'ont précédé.

Les histoires sont multiples et elles gravitent toutes autour d'un vieil immeuble, quelque part dans les années 1990 et 2000. Edmond (Raymond Bouchard) et un ouvrier (Jean-Philippe Pearson) découvrent un secret bien dissimulé. Michel (Alexis Martin) et Josée (Isabelle Blais) se font proposer beaucoup d'argent pour une vieille peinture. Patrice (Marc Messier) et Chuck (Nicolas Canuel) cambriolent un appartement d'une drôle de manière. Serge (David La Haye) est d'accord pour faire un enfant à Céline (Julie Perreault), la copine du stérile Nico (Emmanuel Bilodeau). Sébastien (Pierre-François Legendre) doit affronter son nouveau beau-père (Rémy Girard), un homme qui ne jure que par la boxe. Et il y a Julien (Fecteau), un universitaire endetté qui se prépare pour une importante entrevue.

"Bluff" n'est pas L'immeuble Yacoubian et il n'a pas la prétention de l'être non plus. Projet modeste crée avec des bouts de chandelles par deux jeunes cinéastes, il ressemble même parfois à une comédie de situations programmée sur les heures de grande écoute à la télévision. Musique omniprésente, plans rapprochés, grains dans la caméra : l'important est le ton et non la technique. De ce côté, il y a beaucoup trop de personnages pour une petite vue de 90 minutes. L'introduction qui présente tout le monde en quelques secondes est expédiée à la vitesse de l'éclair et les nombreuses intrigues qui se baladant allègrement dans le temps sont trop éparpillées pour convaincre totalement. Le sort de quelques âmes sera pris en considération, au détriment des autres individus.

Comme ce vieil édifice qui craque de partout, le premier long métrage de Lavoie et Fecteau est rempli d'imperfections, mais il capte également l'intérêt par son charme rustique. Les situations font souvent sourire (les mots roulent dans la bouche) et elles s'évadent parfois de l'humour pour atteindre l'émotion et la nostalgie. Les entités bluffent pour bien faire, pour éviter de perdre la face et même pour s'enrichir au passage. Ces mensonges, généralisés au sein des générations, s'avèrent plus subtils et contrôlés que chez Patrick Huard. Les personnages, moins caricaturés que prévus, jouent en duo ou en trio (comme dans le Cœurs de Resnais, mais là s'arrêtent les comparaisons) en demeurant toujours uniformes. Les comédiens sont au service des cinéastes qui les utilisent correctement, sans jamais les amener à explorer des archétypes différents.

Les mélodies omniprésentes prennent leur inspiration de l'excellent film Magnolia et les emprunts sont parfois gênants. Quelle chance qu'un tube de Stefie Shock change les idées au passage. La piste sonore francophone est en Dolby Digital 2.0, laissant échapper quelques notes des différents haut-parleurs. Les voix s'entendent parfaitement et le public anglophone pourra suivre l'action grâce aux jolis sous-titres blancs. Sur le plan vidéo, la plupart des imperfections proviennent des formats de caméras non traditionnels qui ont été utilisés. L'éclairage semble manquer par-ci, les contrastes ne sont pas au point et par-là, il y a une abondance de grain. Mais dans l'ensemble, les couleurs sont vives, le niveau des détails corrects (hormis ce blocage passager) et la définition des contours s'avère perfectible.

La pochette présente tous les personnages et ils sont dominés par un Rémy Girard en boxeur. Le menu principal du DVD reprend cette idée sans y superposer de mouvements. Une chanson jazzée et rythmée est toutefois de la partie pour agrémenter la navigation. En guise de suppléments, il y a tout d'abord un documentaire de 20 minutes sur le tournage. Les deux réalisateurs parlent avec humour de leur rencontre et du choix des comédiens, en multipliant bien entendu les anecdotes saugrenues et les liens entre la fiction et la réalité. Gentil, à l'image du long-métrage final. Lavoie et Fecteau remercient également tous les gens associés au projet, et ce, pendant près de cinq minutes. Le reste se compose de trois courts-métrages concoctés par les deux cinéastes. "Les derniers jours" reprend la même thématique que le sirupeux The Bucket List. Un homme vers la fin de sa vie décide de réaliser ses rêves. Ce segment mignon, mais convenu va - ô surprise - se conclure par un saut en parachute... Plus cocasse est ce "Sauvez les meubles" qui a inspiré le tronçon mettant en vedette Marc Messier. Cette fois, un homme (incarné par Emmanuel Bilodeau) voit sur son ordinateur du bureau qu'un individu est en train de le cambrioler. Grâce à un intermédiaire, il peut lui parler, et conclure une transaction des plus douteuses. Sympathique. Le dernier mini film s'intitule "Le pouce vert" et il est en phase avec le numéro de l'universitaire endetté qui parle tout seul. Ici, il s'agit plutôt d'une personne qui se saoule en racontant sa vie à une plante! Inoffensif et attendrissant.

Léger, volatile et un peu vide comme le ballon, "Bluff" s'envole dans toutes les directions. C'est pour mieux revenir au bercail à la toute fin, avec quelques leçons de vie et plusieurs bons rires. C'est déjà plus que de nombreuses productions qui sortent toutes les semaines.


Cotes

Film6
Présentation4
Suppléments6
Vidéo7
Audio7