Best Of Soul Cinema Collection
MGM Home Entertainment

Selon Robert Bélanger
25 janvier 2004

Le "Blaxploitation" est un mouvement qui a pris naissance au début des années 70 et qui produisait des films d'exploitation écrits, réalisés et joués principalement par des noirs américains. Ces productions à petit budget visaient le public des banlieues noires et utilisaient (ou parodiaient) essentiellement les conventions propres au film d'action imprégnées des thèmes de la criminalité urbaine: le sensationalisme cru, la violence graphique, la sexualité débridée et l'usage de drogues. Les personnages de détectives, proxénètes, vendeurs de drogue, prostituées et féministes en quête de vengeance, mettaient tous en évidence la "fierté noire" et le refus d'adhérer à un système dominé par les blancs. Ces derniers, la plupart du temps des policiers ou des hommes d'affaires, étaient généralement représentés comme des êtres corrompus exploitant les gens des ghettos. Ces films débordaient de style, proposant des costumes colorés et excentriques, des trames musicales "soul" et "funk" ainsi qu'une direction photo et un montage teintés d'expressionnisme de facture quasi expérimentale. Le point de départ du mouvement "Blaxploitation" est attribué au film culte Sweet Sweetback's Baadasssss, tourné en 1971 par Mario Van Peebles. Vinrent par la suite Superfly, Shaft, Coffy et Foxy Brown, ces deux derniers mettant en vedette la reine du "Blaxploitation", Pam Grier (la Jackie Brown de Tarentino). Les autres protagonistes féminines dignes de mentions étant Tamara Dobson (Cleopatra Jones) et Teresa Graves (Get Christie Love! ) alors que du côté masculin, les plus connus demeurent Fred Williamson (Hammer), Richard Roundtree (Shaft) et Ron O'Neil (Superfly). Le genre "Blaxploitation" a par la suite influencé le mouvement "New Black Cinema" de la fin des années 80, dont Spike Lee entre autres, et par la suite l'oeuvre empreinte de culture pop de Quentin Tarentino.

Le "Best Of Soul Cinema Collection" nous présente quatre de ces productions ainsi qu'une parodie du genre, tournée en 1988 par les frères Wayans. On y retrouve également un mini CD audio comportant cinq chansons tirées des trames musicales de différents films.


Le coffret est disponible chez: Amazon.ca
Les DVD sont aussi disponibles individuellement:
Le DVD Coffy est disponible chez: Amazon.ca
Le DVD Hell Up In Harlem est disponible chez: Amazon.ca
Le DVD Foxy Brown est disponible chez: Amazon.ca
Le DVD Cooley High est disponible chez: Amazon.ca
Le DVD I'm Gonna Git You Sucka est disponible chez: Amazon.ca


Coffy
Réalisateur: Jack Hill
Année: 1973
Classification: R
Durée: 90 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (Mono), Français (Mono), Espagnol (Mono)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Pam Grier est Coffy, une infirmière qui en a marre des drogués, proxénètes, policiers et politiciens corrompus qui sévissent dans sa communauté. Lorsque sa jeune soeur tombe sous l'emprise de la drogue, Coffy décide de se faire passer pour une prostituée jamaïcaine auprès du souteneur et pusher local King George (Robert DoQui) et de faire le ménage elle-même.

Tous les ingrédients du "Blaxploitation" sont ici réunis: sexe, nudité, drogues, violence et action. Et Pam Grier, sexy, intelligente et capable de botter le cul des méchants, est la vengeresse idéale. On tranche la gorge de l'un, on fait éclater la tête de l'autre avec une carabine et on se bat avec une bande de putes toutes poitrines dehors. Malgré des personnages et une intrigue stéréotypés sans grande profondeur, ce film déborde d'énergie et de fraîcheur. Alors, on met son cerveau à "off" et on passe un bon moment.

Côté technique, l'image est nette sauf lors des scènes plus sombres où elle présente un aspect granuleux. La piste sonore est adéquate, les dialogues sont clairs, mais le tout reste concentré dans les avants. Les menus sont statiques et faciles à naviguer. Les suppléments, plutôt maigres, nous offrent quand même une piste de commentaires fortement instructive du réalisateur Jack Hill. Modeste quant à son impact personnel sur le film, il offre des informations pertinentes non seulement sur les détails de la production, mais aussi sur le contexte social et historique des années 70. Un seul autre extra, la bande-annonce du film.

Cotes

Film6
Menu4
Suppléments6
Vidéo7
Audio7



Hell Up In Harlem
Réalisateur: Larry Cohen
Année: 1973
Classification: R
Durée: 93 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (Mono), Français (Mono)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce film est la suite de Black Caesar, qui se terminait par une tentative d'assassinat sur Tommy Gibbs (Fred Williamson), le caïd du crime à Harlem, parce que ce dernier était en possession de documents incriminant des hauts fonctionnaires de la ville de New York dans une affaire de pots-de-vin. On reprend donc ici alors que Gibbs, sauvé par ses acolytes, recrute son père Big Pappa Gibbs (Julius Harris), pour faire du chantage auprès du procureur de la couronne véreux Di Angelo (Gerald Gordon), afin qu'il laisse tomber les poursuites contre Tommy.

Big Pappa passe rapidement d'homme respectable à gangster et s'occupe des affaires de Tommy pendant que ce dernier récupère. Les choses s'enveniment lorsque Tommy croit son père responsable du meurtre de son ex-copine Helen (Gloria Hendry). Tommy part alors en Californie avec sa nouvelle flamme Jennifer (Margaret Avery) et laisse le contrôle des opérations à Harlem à Big Pappa. Lorsqu'il apprendra que son bras droit Zack (Tony King) magouille avec Di Angelo dans son dos et que son père a été tué, Tommy reviendra à New York pour se venger.

Voulant capitaliser sur le succès de Black Caesar le studio exigea une suite le plus rapidement possible. Larry Cohen et Fred Williamson, tous deux pris par un autre tournage, on filma quand même "Hell Up In Harlem" en 18 jours, selon les disponibilités de chacun. Travail vite fait et ça paraît. Le scénario étant confus et les personnages à peine esquissés, on a bouché les trous avec de nombreuses scènes d'action parfois à la limite du burlesque. Les acteurs ne sont pas mauvais et font ce qu'ils peuvent avec le matériel qu'on leur a donné. Pour fanas du genre seulement.

La présentation vidéo est similaire à celle de Coffy, avec une image claire présentant parfois des signes de granularité. La qualité sonore laisse par contre à désirer. On voit bien que le son a été enregistré "live" et les dialogues dans les scènes extérieures sont parfois étouffés et difficiles à comprendre. Encore une fois, tout est concentré dans les avants. Les menus sont statiques et faciles à naviguer. Même suppléments, soient une piste commentaire audio du réalisateur, encore une fois très intéressante puisque Larry Cohen n'hésite pas à parler des contraintes du tournage et prend plaisir à se moquer de certaines scènes, et la bande-annonce du film.

Cotes

Film4
Menu4
Suppléments6
Vidéo7
Audio5



Foxy Brown
Réalisateur: Jack Hill
Année: 1974
Classification: R
Durée: 91 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (Mono)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Michael (Terry Carter), agent du gouvernement et petit ami de Foxy Brown, est assassiné par des gangsters à la solde de Miss Katherine (Katheryn Loder) et de son bras droit, le cruel Steve Elias (Peter Brown). La sexy Foxy cherchera vengeance en se faisant passer pour une prostituée et ainsi infiltrer le réseau de Miss Katherine et liquidera tout ce beau monde.

Ça semble familier? En effet puisqu'il s'agit ici, à peu de choses près, de la même histoire que celle de Coffy. Ce film devait d'ailleurs être intitulé "Burn, Coffy, Burn" jusqu'à ce que le studio décide que les suites n'étaient pas rentables. On a tout simplement repris la même intrigue et changé le nom du personnage de madame Grier pour Foxy Brown. Donc, même recette faite de sexe, nudité, violence et action. On en brûle un vivant, on en découpe un autre en petits morceaux avec l'hélice d'un avion et, en guise de bonus, on tranche le membre viril du vilain en chef. Malgré l'impression de déjà vu et une Foxy Brown qui n'a pas ce côté vulnérable qu'avait Coffy, on passe quand même un bon moment. Le cerveau à "off" bien sur.

Côté technique, suppléments et menus, tout est ici identique à ce que l'on retrouve sur Coffy. Image claire parfois granuleuse, piste sonore adéquate, menus statiques, piste de commentaires encore une fois fort intéressante de Jack Hill et bande-annonce.

Cotes

Film6
Menu4
Suppléments6
Vidéo7
Audio7



Cooley High
Réalisateur: Michael Schultz
Année: 1975
Classification: PG
Durée: 107 minutes
Ratio: 1.33:1 (4:3)
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (Mono), Français (Mono)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Preach (Glynn Turman) et Cochise (Lawrence-Hilton Jacobs) sont deux grands amis qui fréquentent l'école secondaire Cooley High à Chicago en 1964. Preach est du type intello à lunettes qui écrit de la poésie alors que Cochise est un as du basket. Comme bien des ados, ils aiment les filles, les partys, sécher les cours, rigoler et faire de mauvais coups. Résidents d'un quartier pauvre et dur, ils vivent quand même le moment présent sans trop s'en faire avec leur avenir. Après une ballade dans une voiture volée par deux de leurs copains, ils seront arrêtés et par la suite relâchés grâce à l'intervention d'un de leurs profs. Sauf que les deux autres eux, sont inculpés et pensent que Preach et Cochise les ont dénoncés comme étant responsables du vol. Ils seront libérés sous caution, mais voudront se venger.

Comédie dramatique qui rompt avec les conventions du "Blaxploitation" et ses personnages stéréotypés, Cooley High a souvent été comparé à American Graffiti à cause de l'atmosphère nostalgique qui s'en dégage et du thème de la jeunesse et de l'innocence. Ce film au scénario bien ficelé marie adroitement personnages attachants, comédie et moments touchants sans jamais tomber dans le mélo. Un très bon film tout genre confondu, qui a influencé par la suite de nombreuses productions du "New Black Cinema" dont Boyz N' The Hood de John Singleton.

La présentation vidéo n'offre malheureusement qu'un transfert plein écran. L'image est généralement claire, mais comme pour les films ci-haut, celle-ci est parfois granuleuse et manque de contraste lors des scènes plus sombres ce qui occasionne une perte de détails. Encore une fois, la piste audio en Dolby Digital mono fait le travail. Les dialogues sont clairs tout autant que l'excellente trame musicale faite de classiques Motown. Les menus sont statiques et faciles à naviguer. Le seul supplément disponible est un encart de quatre pages inclus dans le boîtier, qui contient des commentaires sur le film et des notes de production.

Cotes

Film7
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Suppléments2
Vidéo6
Audio7



I'm Gonna Git You Sucka
Réalisateur: Keenan Ivory Wayans
Année: 1988
Classification: R
Durée: 89 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (DD20)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

De retour d'un séjour dans l'armée, Jack Spade (Keenan Ivory Wayans) retrouve son quartier ravagé par le crime et son frère mort d'une overdose de... bijoux en or! Jack décide alors de déclarer la guerre aux mafieux locaux et à leur chef M. Big (John Vernon). Malheureusement, Jack possède la volonté, mais pas les aptitudes du justicier. Il parvient alors à convaincre John Slade (Bernie Casey), un redresseur de torts à la retraite et ex petit ami de sa mère, de lui venir en aide. Celui-ci fera appel à ses anciens acolytes Hammer (Isaac Hayes), Slammer (Jim Brown), Kung Fu Joe (Steve James) et Flyguy (Antonio Fargas), tous enchantés de reprendre du service. Ça va chauffer!

Évidemment, on a ici droit à une parodie des films "Blaxploitation" dans la lignée de Airplane et de Naked Gun. Et c'est plutôt réussi. Le film aborde avec humour tous les clichés et les conventions du genre. On a droit à l'élection du proxénète de l'année, façon concours de beauté, à la compétition annuelle des gangs où les participants doivent courir avec un téléviseur sur l'épaule en étant poursuivi par un chien policier, ou démanteler une voiture le plus rapidement possible. Hilarant. Et on voit que Keenan Ivory Wayans, à la fois acteur, scénariste et réalisateur, connaît le genre. Il parvient, au travers d'un feu roulant de gags, à imprégner son film de réalisme en imitant parfaitement la structure narrative des films qu'il parodie. Et il a eu la merveilleuse idée de s'entourer de vétérans du "Blaxploitation" comme Isaac Hayes (Truck Turner), Jim Brown (Three the Hard Way), Bernie Casey (Cleopatra Jones) et Antonio Fargas (Foxy Brown), qui semblent non seulement s'amuser comme des petits fous, mais qui apportent de la crédibilité au film.

"I'm Gonna Git You Sucka" présente une image nette, des couleurs vives et un excellent contraste qui laisse apparaître un haut niveau de détails. On note parfois une certaine granularité et quelques taches et égratignures, mais en général la présentation vidéo est très bonne. La piste sonore stéréo n'est pas des plus enveloppante, mais la musique et les dialogues sont clairs sans distorsion apparente. Efficace sans plus. Les menus sont statiques et faciles à naviguer. Aucun supplément à part la bande-annonce du film.

Cotes

Film7
Menu4
Suppléments1
Vidéo7
Audio7


En conclusion, bien que nous aurions sans doute préféré Black Caesar à la suite médiocre qu'est Hell Up In Harlem et que l'inclusion de Coffy et de sa quasi-copie Foxy Brown paraisse redondante, le coffret "The Best of Soul Cinema Collection" offre quand même aux non-initiés un bon aperçu du genre "Blaxploitation". Des productions de série "B" certes, mais qui ont permis à de nombreux acteurs de couleur non seulement de travailler, mais de pouvoir s'offrir des rôles autres que ceux de serviteur, chauffeur, bonniche, et autres stéréotypes véhiculés par le cinéma "blanc". Films qui ont aussi offert au public noir des héros auxquels il pouvait s'identifier, et qui ont contribué à conscientiser un auditoire plus large aux personnages et au mode de vie "black".