Les Artisans du rebut global
Blue Storm Télé inc.

Réalisateur: Marc St-Onge
Année: 2004
Classification: NR
Durée: minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Non
Langue: Français (DD20)
Sous-titres:
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 4 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Par courriel (am.reynaud@bstorm.ca) ou par téléphone (Anne-Marie au 514-842-0039)

Selon Alexandre Martin
2 février 2005

De plus en plus, on assiste à une conscientisation de la population face aux impacts environnementaux des habitudes de vie. De nouvelles terminologies et modes font leurs apparitions dans la culture populaire; on parle de plus, par exemple, de "simplicité volontaire" et de "développement durable". Certaines de ces approches sont insignifiantes et prétentieuses, alors que d'autres sont consciencieuses et démontrent d'un réel désir de voir changer les choses. Afin d'informer les gens sur les solutions réelles et les possibilités pratiques qui s'inscrivent dans cette conscientisation, Marc St-Onge a eu l'idée de créer une série de reportages sur le recyclage et la récupération. De plus, pour mettre un peu de piquant dans les émissions et la mettre au goût du jour avec une dose de télé-réalité, les reportages ont pour toile de fond la construction d'une maison écologique. Originellement diffusée à Télé-Québec, la série nous est donc ici présentée sur un coffret de quatre DVD.

L'idée de cette série télévisée est bien simple: avec 15 000$ et en treize semaines (c'est-à-dire 65 jours; on ne compte pas les fins de semaines), cinq artisans doivent bâtir une maison entièrement faite de matériaux recyclés. Pour ce faire, ils sillonnent le Québec à la recherche de recycleurs, ressourceries, centres de tri, sites d'enfouissement et "cours à scrap" variées, afin de dénicher la moindre bonne affaire. Par exemple, le bois employé vient des structures utilisées pour le transport des machineries lourdes, l'isolant est fait de journaux recyclés, le toit est fait de vieilles tôles récupérées, etc. Bref, le résultat est épatant et admirable, surtout compte tenu des budgets et des contraintes de temps.

L'équipe est composée de cinq artisans. Le premier, Yves Dubreuil, est le chef d'équipe et de chantier: c'est lui qui dirige les opérations et qui coordonne les efforts des ouvriers. On retrouve ensuite Michel Bergeron (non, pas l'ex-coach des Nordiques...). C'est lui le designer du projet; il s'occupe donc de concevoir la maison et d'en dessiner les plans. La troisième est Chantal Larivière, une menuisière qui s'occupe de la réalisation des travaux de finitions (et aussi les "jobs de bras"!) sur la maison. Le quatrième est Marc Ricard, le directeur artistique. C'est peut-être lui le plus important du groupe puisqu'il s'occupe de dénicher les matériaux, et donc d'imaginer ce qui pourrait être utile à la maison et de quelle façon ce devrait être intégré. Finalement, on retrouve K. (pour des raisons obscures, elle n'a pas de nom... "Les Artisans du Rebut Global" n'est pourtant pas un film porno...); c'est la coordonnatrice et la gestionnaire du projet; en plus de gérer les budgets et les relations publiques, c'est elle qui décrit à la caméra les avancements des travaux pendant que les autres sont à l'oeuvre. En plus de ces cinq artisans, des amis et bénévoles viennent parfois donner un coup de main aux artisans, afin de faire avancer les tâches ouvrières et répétitives. Bref, en dépit de quelques discordances causées par des définitions de tâches vagues, les cinq artisans réussissent à mener à terme leur projet. Il est aussi à souligner la narration philosophique et poétique de Jacques Languirand, qui sert un peu de guide spirituel dans cette aventure en critiquant la pertinence et l'avancement des travaux.

La série a plusieurs aspects didactiques intéressants: non seulement, on nous présente toutes sortes de manières de se procurer des matériaux récupérés, mais on nous explique aussi, par de courts reportages, les différentes méthodes de recyclage. Par exemple, on nous présente des artistes dont les oeuvres ne sont faites que de matériaux recyclés. On nous en présente d'autres qui ont bâti ou décoré leur maison à partir de matériaux récupérés sur des bâtiments en démolition, notamment des couvents et églises. On nous présente aussi plusieurs projets de recherche universitaire qui ont pour but d'améliorer les techniques de recyclage et de récupérations. Par exemple, l'équipe du professeur Arezki Tagnit-Hamou de l'Université de Sherbrooke, qui utilise les déchets des alumineries pour fortifier le béton, ou l'équipe de la professeure Dominique Derome de l'Université Concordia, qui fait des recherches sur les matériaux isolants. Un historique du recyclage au Québec nous est aussi présenté par le biais d'un reportage sur l'enseignant Normand Maurice, un des pionniers du conditionnement au recyclage au Québec, ainsi que les dirigeants de Cascade, une des toutes premières compagnies à faire commercialement du recyclage. Il est aussi intéressant que certains des reportages nous montrent des courants de pensée qui s'affrontent. Par exemple, lorsqu'on nous informe sur les différents types d'isolant, plusieurs intervenants nous expliquent leur prise de position face à l'importance de leur durée de vie, de leur toxicité ou de leur performance. Bref, avec ces multiples reportages, on en apprend énormément sur ce qui se fait au Québec en terme de recyclage et de récupération.

Le concept de la série est vraiment intéressant, même pour ceux qui n'ont pas la conscience écologique; comme le fait remarqué un intervenant, l'avantage pécuniaire à lui seul peut en intéresser plusieurs. Évidemment, dans le cas du projet présenté sur ce DVD, certains facteurs avantageux sont à considérer: le terrain et les fondations de la maison ont été offerts par la ville de Victoriaville. En considérant ces deux facteurs, on peut évaluer qu'un projet de la sorte à environ 50 000$ (puisque je ne suis pas ingénieur civil, cette évaluation est faite sous toute réserve...). Néanmoins, cette valeur est nettement en deçà des prix d'une maison de ce type. Il serait donc intéressant qu'une compagnie commercialise ce genre de projet, afin de démocratiser le processus. Une production régulière de ce type de maison aurait pour effet d'encourager les réseaux de vente de matériaux usagés, qui seront ainsi plus en moyen et donc plus aptes à refaire leur stock. Conséquemment, la quantité de matériel encore valide qui prend le chemin des dépotoirs pourrait être considérablement réduite. Bref, à part les producteurs de matériaux neufs, tout le monde en sortirait gagnant...

Il est important de souligner qu'esthétiquement, la série est extrêmement bien réalisée. Les plans de caméra sont toujours orignaux et variés, sans pour autant que ce soit désagréable ou décousu. Les images sont aussi superbes: de toute évidence, le directeur photo a une excellente maîtrise de son art, et ce, malgré le petit budget que l'on suppose. Le montage est bien fait, intégrant les scènes de construction et les reportages de façon continue. Le seul reproche est le fait qu'on ne nous présente pas assez de plans de l'intérieur de la maison terminée. D'ailleurs, on ne voit jamais la chambre à coucher... Pour ceux qui sont trop jeunes ou tout simplement moins bien informés, le titre de la série fait référence au "Refus Global", un regroupement d'artistes qui, par le biais d'un manifeste écrit en 1948, a prôné la libération intellectuelle et culturelle du peuple québécois. Le parallèle est intéressant puisque les artisans de la présente série démontrent qu'il existe au Québec d'autres options comparables que celles que nous impose la société, et qu'il est possible de ne pas s'y conformer.

De toute évidence, le DVD a été fabriqué artisanalement. Tout d'abord, les menus et la pochette sont des plus simples, sans aucun fini au niveau du graphisme. On se contente du titre ou des choix de menu, par-dessus une photo. De plus, les épisodes ne comportent aucun chapitrage, ce qui nous aurait permis de sauter le générique initial. Aussi, malheureusement, ce coffret DVD ne comporte aucun supplément.

La qualité de l'image est tout autant douteuse. De toute évidence, la compression n'a pas été faite de façon minutieuse. On note beaucoup de problèmes au niveau du débordement des couleurs; de plus, celles-ci sont très saturées. Le plus gros défaut est fort probablement la présence de créneaux lors des longs gradients de couleurs (par exemple dans le ciel). Les scènes sombres ont aussi le même problème. Un fourmillement variable, mais permanent, est aussi présent. Puisque les DVD utilisés sont du type DVD-9, et que la capacité volumique est plus que suffisante pour contenir trois ou quatre épisodes de 23 minutes, c'est définitivement au niveau de la compression qu'est le problème (ou est-ce peut-être l'emploi d'une très mauvaise caméra numérique...). C'en est d'autant plus dommage du fait que les images sont superbes.

Pour ce qui est du volet sonore, le DVD est nettement mieux réussi. La piste stéréo est adéquate pour ce genre de série. Lors d'un décodage ProLogic, on note une bonne séparation des canaux avant, avec les dialogues clairs, distincts et bien centrés. Le mixage de la musique est approprié, dégageant une certaine ambiophonie surtout lors des génériques. Bref, une piste tout ce qu'il y a de convenable.

Blue Storm nous présente donc un coffret DVD d'une qualité visuelle en deçà des normes actuelles. Cependant, compte tenu de type de série et de son intérêt, ces manquements sont pardonnables. Il est à noter que, malheureusement, ce coffret n'est pas disponible dans les points de vente habituels, comme Archambault et Amazon.ca. Pour se le procurer, il suffit de le commander par courriel (am.reynaud@bstorm.ca) ou par téléphone (Anne-Marie au 514-842-0039). Pour l'instant, le site web de BlueStorm (www.bstorm.ca) est en développement, mais il devrait éventuellement être fonctionnel et, espérons-le, accepter les commandes.


Cotes

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