Les Bâtisseurs d'eau
La série complète
Christal Films Distribution

Réalisateur: François Labonté
Année: 1995
Classification: G
Durée: 278 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Français (DDST)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 12 / 12
Nombre de disques: 2 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
15 avril 2007

La mode est de ressortir n'importe quelle série et ce coup de nostalgie est loin d'épargner le Québec. À sa diffusion sur Radio-Canada en 1995, "Les Bâtisseurs d'eau" a rencontré un joli petit succès d'estime sans réellement fracasser les cotes d'écoute. C'est le moment de sa sortie en DVD.

Le synopsis s'intéresse aux fondements du Québec et à quelques-uns de ses éléments primordiaux qui ont amené la Belle Province sur la voie de la Révolution tranquille. En 1952, deux familles coexistent en faisant des affaires lucratives. Les Vigneault et les Beaulieu s'occupent de développer des chantiers électriques, jusqu'au jour où Hydro-Québec leur demande de construire de vastes complexes d'hydroélectricité. Une décision difficile et importante qui amènera son lot de discussions. Surtout que la fille (Anyck Lemay, qui s'appelle aujourd'hui Anick Lemay) du patriarche Vigneault (Raymond Bouchard) attend un enfant du fils (Hugo Dubé) de son homonyme Beaulieu (Guy Nadon). À partir de là, les relations vont se complexifier et les étapes marquantes du Québec se succéderont, de la mort de Maurice Duplessis à la nationalisation de l'électricité en passant par l'ascension du Parti québécois et le projet de la Baie-James.

Cette réalisation de François Labonté peut intéresser pour deux facteurs différents. Tout d'abord, c'est un plongeon dans le temps sur ce qui a fondé le Québec moderne. C'est une page d'histoire importante, le passage tant salvateur de l'économie quelconque à un poids politique beaucoup plus accrû. À ce chapitre, les années défilent rapidement. Sans entrer suffisamment dans les détails, le scénario s'intéresse aux faits marquants et prédominants tout en proposant quelques pistes intrigantes comme le rôle de l'Église et l'entrée de la télévision dans la sphère privée. Le dernier épisode - et le plus didactique - est en fait un cours d'histoire intensif... ou une publicité sur Hydro-Québec. Pour personnifier cette lente évolution, le personnage de Vigneault représente l'ensemble des possibilités, celui qui pense "qu'il faut voir plus grand, plus loin". Face à lui se positionne Beaulieu, l'éternel statu quo qui ne veut pas prendre de risque de peur de tout perdre.

"Les Bâtisseurs d'eau" se sert pourtant de ces données historiques pour raconter une saga qui ne brille guère par son originalité. Par moments, c'est presque une copie conforme de Les Filles de Caleb, mais sans le souffle lyrique. Les relations ambiguës et conflictuelles se devinent aisément, alors que les dialogues n'arrivent jamais à se démarquer complètement. Pourtant, la série finit par intéresser et les interprètes ne sont pas étrangers à cette situation. Le duel entre Guy Nadon et Raymond Bouchard est particulièrement efficace, Hugo Dubé fait preuve d'une belle fougue et Élyse Guilbault a réussi à attirer les projecteurs sur elle dans le rôle d'une mère aimante et attentionnée. Quant à Anyck Lemay, elle est d'une intensité peu commune dans les scènes plus sensuelles où les mots ne sont pas si importants.

En respectant un budget serré, la reconstitution de l'époque s'avère honnête. Quelques paysages sont jolis et il y a énormément de séquences d'archives en noir et blanc qui sont insérées pour un souci de crédibilité. En revanche, les images ont terriblement mal vieillies. Le grain est omniprésent dans ce plein écran et les scènes extérieures sont les plus touchées par ces désagréments. Les couleurs manquent d'intensité et du blocage peut survenir à tout instant. La trame sonore n'est pas aussi rouillée. La musique apparaît à quelques endroits, venant alimenter une danse rythmée, une émotion triste et, plus souvent qu'autrement, un acte du péché où la peau se fusionne à outrance! Même si les sous-titres ont été oubliés, les mots s'entendent parfaitement, alors que les explosions font généralement sursauter.

À défaut d'être très attrayante, la pochette s'avère démonstrative. Elle montre un barrage et le visage des trois principaux protagonistes. Après une multitude de bandes-annonces, le menu principal apparaît en montrant ces mêmes acteurs statiques et un montage de scènes enveloppées par une musique dramatique. C'est potable, sans plus. Il n'y a malheureusement pas de suppléments pour accompagner ces thématiques si intéressantes. Il faudra donc se contenter de la série de six épisodes répartis sur deux DVD.

"Les Bâtisseurs d'eau" n'a pas rencontré le succès escompté et c'est un peu normal. Sans ses solides comédiens et la particularité de l'époque, il ne s'y passe vraiment rien de transcendant. Pourtant, en y laissant la chance, il est aisé d'embarquer dans ces petites histoires troubles où le bonheur doit toujours côtoyer le malheur. Pour les amateurs d'Histoire de famille.


Cotes

Film6
Présentation6
Suppléments-
Vidéo5
Audio6