War & Peace
Anchor Bay Entertainment / The Weinstein Company

Réalisateur: Tom Harper
Année: 2016
Classification: 14AQ
Durée: 357 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres: 8 épisodes
Nombre de disques: 2 (DVD-9)
Code barres (CUP): 013132644356

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Jimmy Chartrand
20 juin 2017

Au fil du temps, avec la montée en forte importance de la télévision, le format de la minisérie est devenu une option nécessaire pour adapter des oeuvres littéraires influentes. Que ce soit en film ou téléfilm, il est toujours difficile de rendre avec fidélité le contenu des mots et les The Hours, Un long dimanche de fiançailles ou Gone Girl, qui transcendent le plaisir de la lecture pour transformer le génie de la source en un plaisir hautement cinématographique se font certainement très rares. Heureusement, propulsé majoritairement par HBO qui a eu de beaux succès tel Angels in America et Mildred Pierce en faisant appel à des cinéastes d'importance, de plus en plus de chaînes investissent dans la production de productions luxueuses pour le petit écran. Avec plus de temps, il y a ainsi moyen de ne pas précipiter les choses et de laisser les éléments respirer, en plus d'amenuiser les coupures pour empêcher de dénaturer une oeuvre ou de trop la simplifier.

Ici, cette minisérie coproduite par des gros noms comme BBC et The Weinstein Company, unissant l'Angleterre à l'Amérique, s'inspire des écrits de Tolstoï pour pondre une énième variation sur son War & Peace, modernisant à l'ancienne les flamboyantes productions épiques et romantiques d'époque. Fortement imparfaite, ce petit fantasme a malheureusement un peu trop souvent des airs de parodie de par son sérieux un brin trop sophistiqué, l'apparentant davantage à The Spoils of Babylon qu'à Gone with the Wind. Ne prouvant ainsi pas toujours la pertinence d'encore adapter une telle oeuvre à ce moment précis.

Si l'on remercie que cette création ait été confiée à un seul scénariste et un seul réalisateur (l'éternel contraste entre True Detective: Saison 1 et saison 2 par exemple), on remarque néanmoins qu'elle n'a pas nécessairement été conçue dans le plus grand partenariat entre le deux. C'est que le renommé scénariste Andrew Davies, du haut de ses 80 ans, est capable du pire comme du meilleur alors qu'on lui doit autant les deux premiers Bridget Jones que la série d'origine de House of Cards. Et s'il a déjà été associé à une modernisation d'un classique par le biais de l'aberrant The Three Musketeers de Paul W.S. Anderson, il a une approche assez classique voire archaïque dans sa transposition des va-et-vient aristocrates et bourgeois de la Russie du 19e siècle. Un peu l'inverse de la réalisation plutôt dynamique et mouvementée (comme en font preuve ses prises de vue tourbillonnantes ou son montage agité) de Tom Harper qui transforme rapidement le tout en romances, rumeurs et tromperies de cours s'apparentant plus à du Jane Austen qu'à du Tolstoï, les grands drames et le contexte historique en extra, tout comme le mordant et l'humour d'un certain Love & Friendship en moins.

Si on ne renie en rien le désir de demeurer bien ancré dans les conventions et le classicisme, on regrette qu'on n'a pas tenté le tout pour le tout dans ce désir de modernisation subtile en approchant à peine les plus petits défauts du splendide Anna Karenina de Joe Wright. Comme quoi, dans les productions à costumes, on est bien plus près du déjà oublié The Young Victoria de Jean-Marc Vallée. Le hic c'est que les costumes sont en deçà de ce qu'on a déjà pu voir par le passé et les décors n'ont rien pour épater la galerie. Si les extérieurs sont un peu plus satisfaisants compte tenu des éclairages tantôt naturels tantôt forcés, on grince des dents dans les plans d'ensemble de villes et d'endroits générés par ordinateur comme Michael Hirst avait l'habitude de le faire si horriblement dans The Tudors. Plein de détails qui crient le manque de budget ce qui est dommage pour une production qui s'annonçait luxueuse. Pour ce qui est de la musique, elle est soignée, par moment romanesque, par moment romantique, par d'autres épiques, et si l'on force un peu trop les chansons russes et les chorales grandiloquentes aux limites des préjugés, on admet que le travail sonore de la série est soigné.

Reste alors la distribution prestigieuse qui s'investit à fond dans toute cette débandade, Paul Dano le premier même s'il apparaît un peu anachronique dans un tel univers, encore bien bordé de ses tics habituels. Même Mathieu Kassovitz joue le tout pour le tout en incarnant nul autre que Napoléon Bonaparte! Au moins, le toujours jouissif Jim Broadbent n'en fait qu'à sa tête et joue à sa guise, ne prenant que bien peu en compte le ton ou même les directions précises de la série. Bien sûr, cette minisérie est loin d'être dénuée de qualités. On la sait soignée et attentionnée et son classicisme a sans aucun doute de l'élégance. On regrette toutefois la monotonie d'ensemble qui ne tire pas toujours avantage de ses moments de passions, étirant par moment des situations qu'on aurait évité, et ne donnant peut-être pas assez de latitude à sa forte distribution pour parfaitement briller. De plus, il y a quelque chose d'inquiétant dans la façon qu'on semble pouvoir librement recouper et remonter à sa guise le matériel alors que la minisérie existe sous la forme britannique de six épisodes, celle américaine de quatre épisodes de deux heures et celle ici de huit épisodes de 45 minutes. Un peu comme s'il n'existait pas de version définitive et qu'on en faisait un peu n'importe quoi histoire de plaire au diffuseur plutôt qu'au public ou aux créateurs.

Pour ce qui est de la présentation, Anchor Bay a opté pour quelque chose de très simple et classique. La pochette joue sur le noir et le blanc et le côté tragique de trois personnages, alors que son derrière mise sur le côté costumes et époque. Le menu du DVD a un petit montage sur une jolie mélodie alors qu'il y a possibilité d'écouter tous les épisodes d'un disque sans interruption ou de les choisir individuellement avec un synopsis donnant accès à chacun. Une chose étonnante toutefois, on est surpris qu'il n'y a pas d'option de sous-titres anglophones lorsque des personnages parlent français ou chantent en russe, ce qui crée une certaine barrière de langage comme cela arrive à plusieurs reprises face au contexte de la Russie et de la France en pleine guerre.

Sur le deuxième disque, on trouve plusieurs suppléments, soit six revuettes de moins de cinq minutes sur différents aspects de la production. Par exemple, il y en a un d'environ cinq minutes qui démontre l'évolution entre la lecture du scénario par le scénariste, en passant par le tournage de la scène en question jusqu'au résultat final, avec les deux créateurs qui nous parlent de l'importance du scénario. Un autre de deux minutes nous donne accès à la lecture du scénario par toute la distribution et un autre de la même durée nous parle de la création de la trame sonore qui a été créée après le tournage avec les images en têtes en donnant un aperçu de l'orchestre qui performe. Le plus étrange est sûrement ce montage d'une minute qui entrecoupe divers comédiens en entrevues qui décrivent ce que représente la série à leurs yeux, diminuant de beaucoup la signification réelle de l'oeuvre de Tolstoï.

Au final, "War & Peace" saura sûrement ravir les amoureux de belles productions d'époque. Il n'est pas garanti toutefois qu'il plaira immédiatement à ceux familiers avec l'oeuvre d'origine ou à la recherche de quelque chose qui sort des sentiers battus compte tenu de son côté fort convenu. Reste alors un beau produit pour le public cible et une curiosité pour les autres.


Cotes

Film5
Présentation6
Suppléments3
Vidéo6
Audio7